Travaux et Mémoires


Depuis le volume 14, la série Travaux et Mémoires est éditée par l’Association des Amis du Centre d’Histoire et Civilisation de Byzance, 52, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris.


Tome XXI/2 - édité par Bernard Flusin & Jean-Claude Cheynet Tome XXI-2 - Autour du Premier humanisme byzantin & des Cinq études sur le XIe siècle, quarante ans après Paul Lemerle, Paris 2017.

Le colloque « À la suite de Paul lemerle : l’humanisme byzantin et les études sur le xie siècle quarante ans après », qui a eu lieu à Paris du 23 au 26 octobre 2013 et dont le volume que voici est issu, a été organisé avec l’aide du Collège de France, de l’Institut universitaire de France, de l’UMR Orient et Méditerranée et de l’université Paris-Sorbonne. l’idée de réunir un colloque, ou plutôt deux colloques parallèles autour de deux œuvres majeures de Paul lemerle, Le premier humanisme byzantin, et les Cinq études sur le XIe siècle byzantin, est venue pour nous deux de constatations communes. Il s’agissait de rendre hommage à celui qui, par son enseignement, par ses travaux, par ceux aussi de ses élèves, par les institutions qui lui doivent leur naissance, a façonné les études byzantines en France telles que nous les connaissons. Il s’agissait aussi, pour tous deux, de l’expérience d’un enseignement, historique ou philologique, qui s’était appuyé pendant plusieurs décennies sur ces œuvres. Étaient-elles encore actuelles ? Quels correctifs leur apporter ? Comment, au cours des quarante ans et plus qui s’étaient écoulés, les questions évoquées dans ces deux ouvrages fondamentaux avaient-elles évolué ? Il n’a pas été difficile de trouver, à l’étranger ou en France, des collègues qui, familiers eux aussi avec l’œuvre si influente de Paul lemerle, ont accepté de nous rejoindre à Paris dans les locaux du Collège de France, et d’apporter leur contribution à cet hommage et à cette recherche.
Peu de livres ont eu et ont encore, pour les études byzantines, peut-être surtout littéraires, autant d’importance que Le premier humanisme byzantin. Pour ouvrir ce maître livre, qu’il publie en 1971, Paul lemerle, avec la clarté qui lui est habituelle, pose la question à laquelle il va apporter ses réponses : « Quant au problème lui-même [...] une simple constatation suffit à en indiquer la nature et l’importance : on a copié très peu de manuscrits grecs, et peut-être aucun manuscrit littéraire, depuis le vie, sinon le ve siècle, jusqu’au ixe ; tout a failli périr, et beaucoup en effet a péri ; ce que nous possédons a été sauvé aux ixe-xe siècles à Byzance, par Byzance. Pourquoi ? Comment ? Pour tenter de répondre, c’est d’abord de cette interruption de la culture hellénique pendant plusieurs siècles qu’il faut prendre exactement conscience. »
On voit ainsi, derrière le rôle attribué à Byzance dans l’histoire générale de la culture, se profiler la grande silhouette de la « culture hellénique », qui a failli disparaître, et que la « première renaissance » qu’il entend étudier – sans laquelle la « deuxième renaissance » n’aurait pu voir le jour – a sauvée. la question rejoint presque l’histoire des textes et la courbe générale de l’histoire culturelle à Byzance se modèle explicitement sur celle de la production des manuscrits : tarissement dès le vie siècle, en particulier pour les « manuscrits littéraires », renouveau à partir du ixe. On voit se former avec toute sa netteté et sa puissance la périodisation qui gouverne le livre : les siècles obscurs marquent unecésure, puis, au ixe siècle, vient la renaissance, tandis que le xe siècle, soupçonné d’avoir fait périr des textes autant qu’il en a sauvé avec ses « entreprises encyclopédiques », marque la fin de cette première renaissance et fournit un terme légitime parce que ces entreprises « correspondent déjà à d’autres besoins et à une autre mentalité ».
« Premier humanisme », « première renaissance », cette dernière s’opposant à la « deuxième renaissance » byzantine, celle des Paléologues, qui alimentera à son tour la Renaissance occidentale : on peut se demander quel sens exact le grand historien a donné à ces termes. Il choisit sur ce point de rester dans un certain flou : « Je n’ignore pas les débats [...] sur les termes d’“humanisme” et de “renaissance”, et sur l’ambiguïté de ces concepts. Sans entrer dans cette discussion, j’emploie ces mots dans leur sens commun et dans leur acception large, parce qu’il est difficile de s’en passer et parce qu’ils évoquent bien l’originalité que, dans sa précocité, Byzance présente en face de l’Occident. » les concepts employés, comme aussi celui d’encyclopédie, ont ainsi deux versants : d’un côté, ils renvoient à l’histoire de la culture en Occident, à laquelle ils sont empruntés, de l’autre, ils s’élargissent à Byzance, à laquelle ils sont appliqués, mais dont on revendique l’originalité. la référence à l’Occident, à sa Renaissance et à son humanisme, présente à l’arrière-plan, est visible dans l’importance accordée aux textes ou quand le « domaine par excellence de l’humanisme » est défini comme « celui de la philologie ». Et peut-être cette référence occidentale à une certaine idée de l’humanisme est-elle l’un des facteurs qui conduisent lemerle à écarter de la recherche les textes proprement chrétiens pour se concentrer sur le savoir et la culture profanes.
la puissance de la démarche et la clarté de la construction que propose Paul lemerle dans son grand livre ont contribué et contribuent encore à dessiner, ou même à imposer avec une autorité impérieuse, l’image que nous nous faisons de Byzance et de sa culture. Mais nous savons bien que l’importance d’une œuvre se mesure, autant qu’aux résultats qu’elle expose, à la fécondité des voies qu’elle ouvre et des recherches qu’elle suscite. C’est dans cet esprit qu’ont été conçus le colloque réuni autour du Premier humanisme et le présent recueil, qui en est le résultat. Presque un demi-siècle après la parution de ce livre fondamental, que sont devenues les questions qu’avait abordées Paul lemerle ? les études rassemblées ici concernent des notions, des institutions, quelques-uns des grands acteurs du renouveau culturel et des domaines où il se manifeste. le regard s’est porté aussi sur les voisins et les marges de l’Empire : Arménie, monde syrien, Sicile. la période envisagée a été limitée : alors que le Premier humanisme traitait des premiers siècles de l’Empire, ici, sauf exception, l’Antiquité tardive est laissée de côté.
Dans les contributions que nos collègues ont généreusement apportées, le lecteur pourra trouver des compléments pour des questions que Paul lemerle n’avait pas évoquées, ou sur les avancées de la recherche durant les décennies qui ont suivi la publication de son livre. Peut-être sera-t-on sensible aussi à des inflexions. les viie et viiie siècles perdent une part de leur obscurité. le début du renouveau culturel est situé maintenant avant les « premières grandes figures » auxquelles le Premier humanisme avait donné tant de relief, et ce changement est lié à la prise en compte d’autres textes que les œuvres profanes qui avaient été privilégiées. les termes de renaissance, d’humanisme, d’encyclopédie, sont considérés avec prudence et l’« originalité » de Byzance, la spécificité d’une culture où l’héritage antique se combine de façon nouvelle avec le christianisme, et dont la qualité ne se mesure pas à la fidélité à cet héritage, apparaissent peut-être avec plus de netteté.
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l’œuvre de Paul lemerle s’étend à toute la durée de l’Empire byzantin, ce qui la rend exceptionnelle. l’historien a toutefois privilégié l’époque des Macédoniens et de leurs épigones immédiats. Ses études sur la société rurale et les institutions macédoniennes ont profondément modifié les perspectives sur l’évolution de Byzance, contribuant à corriger l’image du xie siècle, et ont largement influencé les générations suivantes de chercheurs. le demi-siècle qui s’étend de la mort de Basile II à l’avènement d’Alexis Comnène était considéré jusqu’alors, notamment à la suite des travaux de georges Ostrogorsky, comme le début de l’irrésistible décadence de Byzance, fruit de l’accaparement par une aristocratie foncière égoïste et imprévoyante des ressources de l’État et de l’insouciance d’empereurs qui dilapidèrent les ressources de l’Empire pour leurs constructions fastueuses aux dépens de l’armée nationale des thèmes, remplacée par des mercenaires coûteux et à la fidélité incertaine. Certains chercheurs considéraient même que ce siècle témoignait d’un déclin démographique et économique de l’Empire.
Paul lemerle, par ses Cinq études et par le colloque qu’il organisa avec les meilleurs spécialistes du temps, dont plusieurs étaient ses disciples, et qu’il publia dans la série des Travaux et mémoires fondés par lui-même, a offert un état de la recherche sur l’Empire au cours du xie siècle. Il avait choisi d’arrêter le xie siècle à l’avènement d’Alexis Comnène, sauf pour le dernier chapitre « Byzance au tournant de son destin », mais certaines contributions du colloque supplémentaire incluaient le règne de ce dernier, car la coupure de 1081 est certes très importante sur le plan politique, mais se justifie moins à propos de l’évolution de l’administration, de la fiscalité et plus généralement de la société. Quarante ans après, plusieurs des cinq études gardent toute leur pertinence, celles qui portaient sur l’analyse des textes, le testament de Boïlas, la diataxis d’Attaleiatès ou du typikon de Pakourianos. De même, la réévaluation de l’œuvre des ministres réformateurs a conduit les chercheurs à approfondir certains aspects de ces innovations, comme l’ouverture « méritocratique » du Sénat. Ces dernières décennies, de nombreux travaux ont été consacrés à l’historiographie du xie siècle et à son représentant le plus éclatant, Michel Psellos, à l’évolution économique et fiscale de l’Empire, et aux transformations sociales, grâce aux progrès considérables des études prosopographiques.
les contributions de ce volume montrent le caractère stimulant des hypothèses et des conclusions émises par Paul lemerle et les participants au colloque de 1973, tout en invalidant certaines d’entre elles. Elles ne répondent pas systématiquement à celles du maître et de son équipe, car il était impossible de reprendre tous les aspects abordés alors. En revanche, elles portent sur quelques aspects un peu négligés auparavant, les rapports de l’Empire avec le monde extérieur.
le lecteur sera sans doute frappé par la différence d’appréciation sur Alexis Comnène, « faux Deus ex Machina » sous le règne duquel « l’idée même d’une armée nationale semble avoir disparu » ou « l’économie aurait été cassée » de manière irrémédiable et la société « bloquée ». Aujourd’hui, les facteurs extérieurs sont pris en compte, car Alexis Comnène fut le premier à affronter une violente attaque provenant du monde latin, celle de Robert guiscard, qui explique son retard à mener l’offensive contre les Turcs. S’il fallait faire un reproche à cet empereur, c’est de ne pas avoir montré de grandes compétences militaires, sinon de l’obstination à refaire ses forces. le mercenariat, qui progressa principalement sous les grands empereurs militaires, n’est plus rendu responsable des échecs impériaux. l’économie n’a pas été affectée aussi fortement et durablement par les dévaluations et le traité avec Venise. En résumé, comme le rappelait Paul lemerle, il ne faut pas « se représenter Byzance comme immuable », mais ses mutations sont moins rapides que le contraste proposé entre un premier demi-siècle d’essor et de prospérité opposé à un troisième quart où, « en quelques années, tout chancelle ».

Jean-Claude Cheynet / Bernard Flusin

ISBN 978-2-916716-64-0. 85.50 €

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Tome XXI/1 - édités par Béatrice Caseau, Vivien Prigent et Alessio Sopracasa Οὗ δῶρόν εἰμι τὰς γραφὰς βλέπων νόει / Mélanges Jean-Claude Cheynet, Paris 2017.

Pour leur savoir et leur enseignement, nous louons toujours les maîtres ; mais qui dira ce que les maîtres doivent à leurs disciples ? Dois-je avouer que je suis fière parce que mon premier élève en Sorbonne (c’était en 1967) fut Jean-Claude Cheynet ? À propos des mouvements de sédition fomentés par des étrangers, je lui avais alors demandé de traduire et de commenter le terme « ethnikos » mentionné dans le Stratégikon de Kékaumenos. Qui aurait pu prévoir, quelques années plus tard, quand Jean-Claude Cheynet commençait sa thèse d’État sur « Milieux et foyers de perturbations dans l’Empire byzantin (963-1210) », qu’il deviendrait le spécialiste incontesté de l’histoire mouvementée de la société byzantine, ainsi que le meilleur connaisseur de l’administration complexe mais efficace de l’Empire de Byzance ? Il y a réussi en se penchant sur la source quasi unique qui permet de connaître et d’éclairer cette question : les sceaux byzantins. Jean-Claude Cheynet, qui a succédé au maître incomparable de cette discipline, Nicolas Oikonomidès, reste aujourd’hui l’un des très rares défricheurs des secrets de la sigillographie byzantine. Mais pourquoi parler seulement de l’apport de Jean-Claude Cheynet à la connaissance de la société byzantine et de son évolution, quand l’étendue de ses travaux (près de deux cents titres de livres et d’articles) montre l’éventail impressionnant de ses intérêts ? Ceux-ci concernent tous les aspects de la vie de Byzance et cela pendant toute la durée de cet empire millénaire. Jean-Claude Cheynet fait ainsi partie d’une espèce rare, celle des « byzantinistes complets ». Il connaît Byzance comme l’on connaît une personne aimée que l’on a fréquentée longtemps sans jamais être déçu. Il sait les rouages de l’administration, les méthodes de la diplomatie, les attitudes des dirigeants comme celles des simples citoyens du menu peuple ; il déchiffre les enjeux et les dangers de la politique étrangère, les relations avec l’Église et avec son clergé supérieur ; bref, il connaît Byzance de l’intérieur comme s’il y avait vécu. L’Empire byzantin n’a pas de secrets pour cet érudit passionné et passionnant. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il ait su transmettre cette passion aux nombreux élèves qu’il a eus pendant sa longue et fructueuse carrière de professeur à la Sorbonne. Il est aussi symptomatique que Jean-Claude Cheynet n’ait pas hésité à consacrer du temps et des efforts continus au service de la byzantinologie. Il assura la direction de laboratoires scientifiques dépendant du CNRS ; il supervisa des éditions de documents, des études relatives aux sources historiques et fut responsable de revue ; enfin, il dirigea les thèses de jeunes byzantinistes qui continuent aujourd’hui son œuvre. En un mot, c’est un collègue estimé, un maître aimé et un savant accompli. La place de Jean-Claude Cheynet dans la hiérarchie du petit monde des byzantinistes (Roberto S. Lopez nous estimait un millier dans le monde) se trouve au sommet et y restera longtemps.

Hélène Ahrweiler

ISBN 978-2-916716-63-3. 85.50 €

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Tome XX/2 - Mélanges Catherine Jolivet-Lévy, Paris 2016.

Catherine Jolivet-Lévy a été l’étudiante d’Anatole Frolow qui fut mon prédécesseur à la chaire d’art byzantin de l’université Paris 1. À la mort de ce dernier, je fus appelé à le remplacer en compagnie de Pauline Donceel-Voûte qui fut, peu après, choisie comme directrice de l’Institut néerlandais d’Istanbul et démissionna de son poste. Catherine me parut toute désignée pour la remplacer, d’autant que nos champs d’activité, l’archéologie de l’Antiquité tardive de mon côté, l’histoire de l’art de Byzance du sien, se complétaient parfaitement. Ainsi commença une collaboration pédagogique et scientifique qui fut efficace et harmonieuse car elle était fondée sur le recours aux documents, leur insertion dans leur contexte historique, culturel et souvent liturgique, ainsi que sur une méfiance commune des a priori stylistiques. Sa nomination, après son habilitation à diriger des recherches en 1996, comme professeur à Paris 1 puis comme directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études (Ve section) lui permit d’assurer pleinement un rôle éminent dans la formation à la recherche de jeunes chercheurs.
Catherine avait choisi de se tourner pour sa thèse vers la peinture de Cappadoce, qu’elle centra sur le décor absidal, plongeant ainsi au cœur du système iconographique, de son programme et des intentions particulières exprimées dans tel ou tel édifice. Soutenue en 1981, sous le titre La peinture byzantine en Cappadoce. Problèmes d’ensemble et introduction à l’étude de l’iconographie absidale, elle fut publiée par les éditions du CNRS en 1991 sous le titre Les églises byzantines de Cappadoce. Le programme iconographique de l’abside et de ses abords (592 pages). L’ouvrage reçut de vifs éloges, notamment de Charles Delvoye qui signa là son dernier compte rendu, inachevé, dans Byzantion.
La Cappadoce a donc été au centre de la réflexion scientifique de Catherine, sur les traces de Guillaume de Jerphanion disparu en 1948, dont elle a salué l’œuvre pionnière et dont elle a publié tout récemment, avec Nicole Lemaigre Demesnil, chez le même éditeur, une mise à jour exhaustive (La Cappadoce, un siècle après Guillaume de Jerphanion, 2015, prix Lantier de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), qui respecte les articulations de son illustre devancier tout en enrichissant de deux cent cinquante monuments nouveaux ceux qui avaient été recensés par lui. Elle participa à plusieurs missions de Jean-Michel et Nicole Thierry dans le milieu des années 70, avant de voler de ses propres ailes.
Elle a consacré beaucoup d’énergie à l’étude de cette région, qu’elle a élargie aux secteurs du Hasan Dağı (à l’ouest), de Niğde (au sud) et de Kayseri (à l’est). Elle a labouré inlassablement cet espace, initiant sur le terrain des étudiants français, mais aussi grecs et turcs, même si elle se heurta parfois à des « chasses gardées ».
Sa très large connaissance des sources bibliques et chrétiennes, ainsi que de l’iconographie religieuse du monde chrétien, lui a permis de mieux déchiffrer et d’améliorer la lecture de beaucoup de parois cappadociennes. Répertoire iconographique, cycles (comme ceux de l’Enfance de la Vierge, de l’Archange Michel), cultes locaux (saint Hiéron, saint Eustathe, ou encore saint Kèrykos), écho des cultes de la Syrie proche (stylites), sujets rares (images de l’Agneau) ont été mieux pris en compte. Sa vision du programme d’ensemble des églises, son souci de la mise en rapport des images les unes avec les autres et du choix de leur emplacement correspondent à l’approche actuelle des décors, tout comme la reconnaissance du poids des commanditaires dans ce domaine, quand ils sont mentionnés dans des inscriptions dédicatoires ou des invocations, comme dans le cas de deux églises, la Nouvelle Église de Tokalı et, surtout, le grand pigeonnier de Çavuşin où Nicéphore Phocas, représentant de l’aristocratie cappadocienne, l’impératrice Théophano et d’autres membres de la famille impériale font face à Constantin et Hélène.
Toutefois, les recherches menées depuis Jerphanion l’ont amenée à infléchir la répartition qu’il avait faite des églises cappadociennes entre églises protobyzantines, églises des IXe-XIe siècles et églises du XIIIe siècle : les églises protobyzantines sont plus nombreuses, les décors aniconiques ne semblent pas antérieurs au IXe siècle, les peintures « archaïques » correspondent en fait à l’art de la capitale, tout comme celui des églises à colonnes, et les églises du XIIIe siècle, plus abondantes, renouvellent notre connaissance des Grecs à l’époque seldjoukide.
Outre la compréhension de l’iconographie, Catherine a mené un examen minutieux des aménagements liturgiques des églises dans le sanctuaire et ses annexes, le narthex et les bas-côtés, notamment dans le cas des chapelles funéraires. Surtout, elle a analysé les monuments comme des ensembles avec différentes salles et installations (salles communes, réfectoires, cellules, cuisines, pressoirs ou pigeonniers), voire la circulation des eaux dans certains ensembles. Elle a pris en compte toutes les formes d’habitat de la région, y compris les villes rupestres, tout en restant critique devant certaines interprétations récentes d’établissements comme des résidences. Enfin, elle a souligné les lourdes menaces qui pèsent sur ce patrimoine : l’érosion, les déprédations diverses et un tourisme parfois agressif.
L’apport de Catherine Jolivet-Lévy à l’étude de la Cappadoce, dont font partie certaines recensions magistrales, est donc considérable. Elle a aussi contribué à décloisonner les décors de cette province pour les insérer dans les courants de l’art byzantin et plus largement chrétien oriental.
La récipiendaire de ces Mélanges a été de fait active sur tous les aspects du patrimoine byzantin dans d’autres régions de Turquie, sur la peinture constantinopolitaine du XIIIe siècle et ses contacts avec l’Occident, sur les fresques du XIe siècle subsistant dans la basilique orientale de Xanthos et sur les constructions arméniennes dans l’est du pays comme l’église d’Aght‘amar. Hors des frontières turques, elle a accompli des missions sur les peintures rupestres de Crimée, a publié sur les peintures chypriotes (Saint-Néophyte), sur les décors peints et en mosaïque de Grèce et a tout récemment participé à un livre sur les peintures de San Filippo di Fragalà en Sicile (sous presse aux éditions de l’École française de Rome). Sa connaissance des manuscrits, des ivoires, des tissus coptes et des icônes est aussi attestée dans beaucoup de ses travaux.
Plusieurs manuels et ouvrages généraux, rédigés par elle seule ou en collaboration, témoignent enfin de sa maîtrise de l’ensemble de l’art byzantin et de la place de celui-ci dans l’art médiéval. Professeur exemplaire, elle a su former une relève de chercheurs et d’enseignants dont les apports sont déjà très substantiels.
La lecture de sa bibliographie jointe à cette notice et les contributions qui suivent illustrent l’éclatant apport de Catherine Jolivet-Lévy à l’étude de l’art chrétien du monde balkanique et oriental.

Jean-Pierre Sodini
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

ISBN 978-2-916716-62-6. 85.50 €

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Tome XX/1 - Mélanges Jean Gascou, Paris 2016.

Peu de personnes auront marqué aussi profondément la papyrologie des époques byzantine et arabe que le récipiendaire de ce volume. Aussi ses collègues et élèves ont-ils répondu sans hésiter à notre appel pour rendre hommage, à travers le présent volume, à une œuvre dont ils se sentent tributaires et qui ne cesse de stimuler les nouvelles générations.
Jean Gascou a beau d’être l’inventeur d’un « modèle », il s’est avant tout exprimé à travers l’édition de papyrus, qu’il a toujours ressentie comme un stimulus nécessaire au développement d’une pensée ferme et rigoureuse cherchant à éviter les séductions des synthèses faciles et des rapprochements factices de données en réalité hétérogènes. Cet hommage se devait donc d’être avant tout un recueil d’éditions de papyrus. Nous avons pu tenir ce cap, même si certains collègues dont la présence était souhaitée ont préféré contribuer par un essai, sans jamais néanmoins rompre totalement les liens avec la documentation papyrologique.
Le risque d’hétérogénéité qu’encourt tout volume de mélanges est ici conjuré par l’unité thématique qui découle des limites chronologiques et géographiques que nous lui avons imposées et qui reflètent celles de l’œuvre de Jean Gascou : l’Égypte byzantine et arabe – même si quelques incursions en dehors de cette province confirment cette règle éditoriale et rappellent que notre « mélangé » s’est aussi intéressé à d’autres périodes (la fin du Haut-Empire) et à d’autres régions (notamment le Proche-Orient qu’il a fréquenté avec de plus en plus d’assiduité ces deux dernières décennies). C’est aussi la raison pour laquelle certains collègues proches de Jean Gascou, mais travaillant sur d’autres périodes, n’ont pu contribuer à ces mélanges. Nous nous excusons auprès d’eux d’avoir été d’une rigueur inflexible qui, loin d’être une entorse à l’amicitia papyrologorum, ne visait qu’à produire un ouvrage homogène qui reflète le mieux possible les préoccupations du récipiendaire.
Homogène ne veut pas forcément dire « monolingue ». On verra que toutes les langues pratiquées à grande échelle dans l’Égypte de l’Antiquité tardive et du haut Moyen-Âge y sont représentées dans toute leur diversité : grec, latin, copte, arabe. Nous avons souhaité ce mélange : il correspond aux intérêts de Jean Gascou, qui a pratiqué l’édition de papyrus dans ces quatre langues ; il acte surtout une tendance de la papyrologie qui refuse désormais tout enclavement linguistique, comme en témoignent les sessions de nos congrès consacrées à d’autres formes de papyrologie et l’émergence d’une nouvelle génération de papyrologues de plus en plus rétive à se laisser enfermer dans une documentation monolingue.
L’autre risque auquel s’exposent des mélanges qui prennent la forme d’un volume d’éditions est la disparité qualitative des papyrus. Il n’est pas toujours facile d’échapper aux « rogatons » ou aux « fonds de tiroir » dans ce type de publications, surtout à une époque où les mélanges scandent nos vies de chercheur à un rythme de plus en plus frénétique. C’est au lecteur de décider si ce danger a été ici évité. Mais, pour notre part, nous en sommes convaincus et nous souhaitons exprimer notre reconnaissance aux contributeurs pour le grand intérêt des pièces qu’ils ont accepté de livrer au public. Cette haute qualité des textes est finalement le meilleur indice de l’admiration et la gratitude de la communauté papyrologique pour l’œuvre de Jean Gascou.
Nous tenons enfin à remercier Constantin Zuckerman d’avoir accueilli ce volume dans la collection des Travaux & Mémoires qu’il dirige et Emmanuelle Capet qui s’est acquittée avec acribie et élégance de la relecture et de la mise en pages de ce volume. Nous devons également à celle-ci la bibliographie liminaire de Jean Gascou et les index grec et latin qui clôturent cet ouvrage. Nous remercions aussi Naïm Vanthieghem qui a bien voulu s’occuper de l’index arabe ainsi qu’Anne Boud’hors et Esther Garel qui ont finalisé l’index copte.

Jean-luc Fournet
Arietta Papaconstantinou

ISBN 978-2-916716-59-6. 85.50 €

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Tome XIX - Studies in Theophanes, edited by Marek Jankowiak & Federico Montinaro, Paris 2015.

This book presents the proceedings of the conference “The Chronicle of Theophanes : sources, composition, transmission,” organized by the editors in Paris in September 2012. The first section of the volume is devoted to the question of the authorship of the Chronicle, raised by C. Mango almost forty years ago. The second section is devoted to issues of transmission, both direct (manuscript tradition) and indirect (readership, translations). The third section concerns Theophanes’ sources for early Byzantine history. A separate section hosts papers by some of the major actors in the current debate on Theophanes’ Eastern source. The last section of the book deals with the later part of the Chronicle and with its sources.

ISBN 978-2-916716-58-9. 85.50 €

See Introduction and Table of Contents here


Tome XVIII - Mélanges Jean-Pierre Mahé, Paris 2014.

Le volume des Mélanges dédié à Jean-Pierre Mahé, membre de l’Institut, pour son 70e anniversaire, comporte quarante-six contributions portant sur l’histoire, la philologie, l’archéologie, l’épigraphie et l’iconographie du monde caucasien, arménien mais aussi géorgien, ainsi que sur la gnose, l’hermétisme et la patristique.

ISBN 978-2-916716-51-0. 85.50 €

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Tome XVII - Constructing the Seventh Century, Paris 2013.

The title of this volume could be misleading. “Constructing the 7th century” by no means implies an intellectual construction. It should rather recall the image of a construction site with its scaffolding and piles of bricks, and with its plentiful uncovered pits. As on the building site of a medieval cathedral, every worker lays his pavement or polishes up his column knowing that one day a majestic edifice will rise and that it will be as accomplished and solid as is the least element of its structure. The reader can imagine the edifice as he reads through the articles collected under this cover, but in this age when syntheses abound it was not the editor’s aim to develop another one. The contributions to the volume, regrouped in five sections, explore various aspects of institutional, political and cultural life of the century producing unpublished material and new insights on some much debated topics.

ISBN 978-2-916716-45-9. 85.50 €

Voir la préface et la table des matières ici


Tome XVI - Mélanges Cécile Morrisson, Paris 2010.

Le volume des Mélanges dédié à Cécile Morrisson, correspondante de l’Institut, pour son 70e anniversaire, comporte quarante-huit contributions portant sur la numismatique, la sigillographie, l’archéologie et l’histoire économique et sociale tant de l’Empire d’Orient de l’Antiquité tardive à la fin de la période byzantine que du haut Moyen Âge occidental.

ISBN 978-2-916716-28-2. 85.50 €

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Tome XV - Mélanges Jean-Pierre Sodini, Paris 2005.

Le volume des Mélanges, dédié à Jean-Pierre Sodini, correspondant de l’Institut, pour son 65e anniversaire, comporte quarante-sept contributions consacrées pour la plupart aux régions et aux sites explorés par le dédicataire. Il présente des études de différents types de matériel archéologique – sculpture, céramique et métal – ainsi que quelques descriptions littéraires de monuments.

ISBN 2-9519198-7-5. 71 €

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Tome XIV - Mélanges Gilbert Dagron, Paris 2002.

Le volume des Mélanges, dédié à Gilbert Dagron, membre de l’Institut, pour son 70e anniversaire, comporte quarante-sept contributions, depuis l’Antiquité tardive jusqu’aux derniers siècles de l’Empire byzantin. Il présente des textes inédits et des révisions de documents publiés, aussi bien que des études d’histoire politique, littéraire et religieuse de Byzance.

ISBN 2-9519198-0-8. 71 €

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Du volume 1 à 13, la série Travaux et Mémoires était diffusée par De Boccard, 11, rue de Médicis, 75006 Paris.
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