Les programmes de recherche de l’équipe

L’équipe Mondes pharaoniques de l’UMR 8167 réunit 22 membres statutaires, enseignants chercheurs (professeurs et maîtres de conférences – Université Paris-Sorbonne Paris-IV), chercheurs du CNRS (DR, CR et IR), chercheurs du musée du Louvre (conservateurs et chargés d’étude) et ingénieurs et techniciens (CNRS et Université Paris-Sorbonne Paris-IV).

Ses membres collaborent à de nombreux programmes en partenariat avec des organismes français (universités, CNRS) et étrangers (notamment, en Égypte, le CSA, le CFEETK, l’IFAO et au Soudan, la NCAM et la SFDAS). Ses axes de recherches combinent à chaque fois les études documentaires (recherche et publication de matériel conservé dans différentes collections comme celle du musée du Louvre, partenaire privilégié de la composante) et l’apport de nouvelles données fournies par les 12 chantiers archéologiques au sein desquels notre unité joue un rôle prépondérant (direction ou codirection de projets, partenariat scientifique de premier plan).

1. Religion, croyances, magie et pratiques funéraires dans l’Antiquité égyptienne

Cet axe de recherche, qui recoupe en plusieurs points les thèmes développés dans le cadre du Labex RESMED auquel participe l’UMR 8167, est aussi l’un des plus développés au sein de l’équipe Mondes Pharaoniques. Il s’organise autour de plusieurs chantiers archéologiques et missions d’étude sur des sites cultuels égyptiens, ainsi que d’études d’objets dans les collections muséales. Plusieurs colloques, tables rondes et synthèses portant sur les thèmes en relation avec cette problématique sont prévus afin de synthétiser et diffuser les résultats de ces travaux.

Fouilles et recherches sur des édifices religieux égyptiens

Étude des temples de Karnak (en coopération avec le CFEETK)

Notre équipe est pleinement impliquée dans la fouille et l’étude de l’un des plus grands ensembles religieux antiques préservés d’Égypte, le temple de Karnak, sur la rive est de Louqsor, grâce à plusieurs projets.
Tout d’abord la fouille du Trésor de Chabaka (responsable : Nadia Licitra), vaste édifice utilitaire construit dans le dernier quart du VIIIe siècle av. J.-C. au nord du temple d’Amon. Les huit campagnes menées sous la direction de Nadia Licitra ont fourni des données nouvelles et inédites concernant d’une part le plan de ce bâtiment et d’autre part les interactions de ce dernier avec les édifices avoisinants. Elle y a consacré une thèse de doctorat, qui a été soutenue en 2014. Les activités de terrain ultérieures ont pour objectif de compléter l’étude des principaux éléments architecturaux de cet ensemble exceptionnel et notamment de localiser son accès principal.
Plusieurs programmes sont désormais dans leur dernière phase d’étude avant publication. Emmanuel Laroze poursuivra l’étude architecturale du temple d’Opet, en vue de sa publication, et le programme Atlas des colonnes de la salle hypostyle de Karnak. Ce relevé des 134 colonnes de la grande salle hypostyle de Karnak vise à produire une représentation déroulée des décors de toutes les colonnes de la salle et de fournir une documentation architecturale inédite (plans, coupes, axonométrie). Plusieurs institutions sont engagées dans le programme : le Conseil Supérieur des Antiquités d’Égypte (CSA), le CNRS à travers le CFEETK, l’École Nationale des Sciences Géographiques (ENSG-IGN), l’Université du Québec à Montréal et l’Université de Memphis (USA). À ce jour, les missions de terrain sont achevées et le traitement des données est en cours. Une subvention sur 3 ans, accordée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), devrait permettre la finalisation de cette étude. Julie Masquelier-Loorius achève l’étude des textes et du décor de deux secteurs de l’Akhménou de Thoutmosis III, en vue de sa publication, en particulier l’analyse des salles méridionales et des salles sokariennes. Enfin, une synthèse sur le temple de Karnak est actuellement en cours de rédaction, par les soins de François Larché et de Nicolas Grimal (Collège de France, AIBL). Il s’agit d’une réflexion sur les différentes phases de l’évolution du sanctuaire principal.

Médamoud (responsable : Dominique Valbelle et Felix Relats Montserrat)

La reprise de l’étude du site de Médamoud est prévue, en collaboration avec le CFEETK et en partenariat avec l’IFAO, dans le cadre du nouveau quinquennal de cet institut. Le dessin des scènes avait été effectué entre 1974 et 1983 par Laïla Menassa el-Zeni à partir de d’anciens montages photographiques réalisés par C. Robichon. La copie des textes a été faite, parallèlement par Dominique Valbelle, alors membre scientifique, puis missionnaire de l’IFAO. Les blocs provenant de la porte monumentale du temple de Médamoud, construite sous le règne d’Auguste et décorée sous celui de Tibère seront restaurés par les soins de Michel Wuttmann et Hassan Mohamed Ahmed, leur relevé architectural sera effectué par Emmanuel Laroze et Franck Burgos, leur relevé photographique par Gaël Pollin. Ces nouveaux relevés devraient permettre à la fois de procéder à un fac-similé des textes, à une étude architecturale et à un projet de remontage du monument. A l’occasion de la reprise des recherches sur le site, une thèse de doctorat ayant pour thème l’environnement religieux du site a été soutenue en 2016 par Felix Relats Montserrat.

Saqqara : Étude du complexe funéraire de Pépi Ier (responsables : Philippe Collombert et Marie-Noëlle Fraisse)
Achèvement de la fouille du complexe de la reine Béhénou

La Mission poursuit la fouille du temple funéraire de la reine Béhénou, afin d’achever le dégagement de l’ensemble de son complexe. La première partie du temple funéraire a été fouillée en 2007, mais une surface importante est encore sous les sables. La partie encore inexplorée comprend notamment la porte d’entrée du complexe de la reine, donnant sur la rue qui entoure le complexe funéraire royal et dessert les complexes annexes. Au terme de ces années, il est raisonnable de penser que l’ensemble du complexe funéraire de la reine Béhénou aura été fouillé, et que l’essentiel du matériel afférent aura été traité. Par ailleurs, la restitution sur papier des Textes des Pyramides de Béhénou est en voie d’achèvement. Ce dossier de restitution des textes sera donc assurément achevé à la fin du plan quinquennal et la publication lancée.
Volume du cinquantenaire de la mission (2013) : cette publication a pour but de renforcer la visibilité de la Mission, en mettant en avant la variété des travaux et des collaborateurs qu’elle soutient depuis 50 ans.
L’architecture du temple funéraire de Pépy Ier sera traitée par les soins d’Audran Labrousse. Un second volume sur ce temple funéraire est d’ores et déjà prévu, dévolu à la publication des éléments de décoration non traités dans le premier volume. Cet ouvrage comprendra encore la publication de plus de 2000 fragments.
Les textes des Pyramides du roi Mérenrê, sous la responsabilité d’Isabelle Pierre : le travail de reconstitution des parois a été effectué, la vectorisation des calques et la préparation de la publication nécessitant encore 2-3 ans de travail supplémentaire.

Études documentaires

Dendara

L’étude, la publication et l’édition de différents commentaires des textes du temple de Dendara seront poursuivis par Sylvie Cauville dans le cadre du prochain quinquennal.

Études de textes religieux, magiques et médicaux

François-René Herbin poursuit son travail d’édition et d’étude de textes religieux, magiques et médicaux, inscrits sur différents types de support (cuves de sarcophages, papyrus, bandelettes de momies) et conservés dans plusieurs collections d’égyptologie (Le Caire, MET, Louvre, Oxford). L’ensemble de ces textes permet d’éclairer les croyances religieuses et funéraires tardives, mais aussi de mettre en lumière les pratiques et les rituels qui ont nécessité la création de ces textes ou des objets qui les portent.

Étude et publication des antiquités égyptiennes du Musée Rodin

Ce programme, développé par Nathalie Lienhard, s’attache notamment à l’étude des éléments du temple d’Athribis Wannîna conservés au musée Rodin, et à la reconstitution de cette partie du programme iconographique du temple.

2. Institutions et société, organisation économique et territoriale de l’Égypte pharaonique

Notre équipe bénéficie depuis 2012 du rattachement de Juan Carlos Moreno Garcia, qui a consacré plusieurs études du monde rural égyptien dans l’Antiquité pharaonique (études lexicographiques, aspects administratifs et sociaux) et s’intéresse de façon plus générale à l’organisation économique et sociale de l’Égypte. Ces recherches ont déjà comme perspective une collaboration interdisciplinaire, permettant d’intégrer le monde égyptien antique aux débats en cours sur l’économie des mondes anciens. Elles seront également l’occasion d’organiser, en collaboration avec les autres chercheurs de l’unité, un séminaire destiné aux étudiants, spécifiquement consacré à l’histoire économique et sociale de l’Égypte pharaonique, ainsi que des tables rondes et journées d’études portant sur cette thématique.
Dans la même optique, le travail entrepris par Claire Somaglino sur les « Systèmes toponymiques en Égypte de l’Antiquité au Moyen-Âge » (en codirection avec Sylvain Dhennin), donnera lieu à l’organisation de manifestations scientifiques en coordination avec Paris-IV Sorbonne : un colloque international sur la toponymie, suivi d’un séminaire doctoral, également en coopération avec le DAIK, a été organisé à l’IFAO en 2015 (publication des actes en 2016).
Enfin l’étude des étiquettes de jarres de Deir el-Medineh – menée par Pierre Tallet en collaboration avec Laurent Bavay (ULB), Sylvie Marchand (IFAO) et Janine Bourriau (Cambridge) permettra d’avoir un point de vue complémentaire sur les échanges et l’économie – production des domaines de l’État égyptiens, importations étrangères - sous le Nouvel Empire égyptien. Un premier volume consacré aux étiquettes de jarres à vin, en voie d’achèvement (un millier de textes inédits) sera publié dans le cadre de ce quinquennal.
La base de données développée par Nathalie Favry sur l’étude des titres de fonctionnaires du Moyen Empire égyptien – qui fait l’objet d’un partenariat avec l’IFAO (Yannis Gourdon), le British Museum (Marcel Marée) et l’HiSoMa UMR 5189 (Laurent Coulon) s’inscrit également dans cet axe de recherche.

3. Études des marges de l’Égypte

L’étude de l’archéologie urbaine dans les zones périphériques de la vallée du Nil, et tout particulièrement au nord de la péninsule du Sinaï, demeure l’un des axes prioritaires de l’équipe – plusieurs chantiers archéologiques majeurs de notre unité de recherche permettant progressivement d’obtenir une vision renouvelée des installations administratives marquant les frontières de l’Égypte aux différentes périodes de son histoire.

Tell el-Herr (Nord-Sinaï) (responsable : Catherine Defernez, à la suite de Dominique Valbelle

La mission de Tell el-Herr poursuivra pendant ce quinquennal la fouille des niveaux d’occupation antérieurs à l’époque ptolémaïque, la préparation de la publication des niveaux contemporains des IVe et Ve siècles av. J.-C. et du mobilier archéologique correspondant. Deux volumes sont déjà prévus : le tome I traitera, après une introduction historique, du contexte de l’implantation des niveaux du IVe siècle, de la réfection de la deuxième enceinte, de l’urbanisme contemporain de l’érection du palais, du complexe palatial, de la tour contiguë, du grand bâtiment au sud du palais, des sanctuaires et des quartiers d’habitations répartis au nord, au centre et à l’est. Le tome II portera sur l’évolution de l’urbanisme après la désaffectation de la zone du palais et des sanctuaires, la reconstruction du bâtiment au sud du palais, l’occupation résidentielle de la zone domestique et des anciens magasins du palais, le maintien de la tour, la création de dépôts liturgiques immédiatement antérieur à l’époque ptolémaïque et le niveau de constructions en bois qui a pu être mis en évidence sur une large superficie du tell.

Héboua I et II (Nord-Sinaï), (responsables : Mohamed Abd el-Maksoud en collaboration avec Dominique Valbelle et Sayed Abd el-Aleem)

Tandis que se poursuivra la fouille du dispositif frontalier que les Égyptiens ont érigé à la pointe orientale du delta du Nil au Nouvel Empire, les niveaux saïte et perse mis au jour dans la partie nord du site d’Héboua II font l’objet de la thèse de doctorat de Sayed Abd el-Aleem ; inscrit en cotutelle (Université de Paris IV- Université d’Ayn Shams). Les découvertes récentes effectuées sur les deux sites fournissent une documentation originale sur les cultes de Tjarou et les origines de l’Horus de Mésen.

Tell el-Farama

L’équipe Mondes pharaoniques est très fortement impliquée dans la fouille archéologique du site, codirigé par Charles Bonnet (AIBL), et Jean-Yves Carrez-Maratray (Université d’Angers). Le travail s’effectue en collaboration étroite avec Mohamed Abd el-Maksoud, Mohamed Abd el-Samie et Ahmed el-Tabaie (CSA).
Dans le prolongement de sa thèse de doctorat, Claire Somaglino poursuivra sa réflexion sur les zones frontalières et les zones de marges (définition, administration, évolution, perception). Un colloque international sur la thématique des frontières égyptiennes, de l’Antiquité au Moyen Âge s’est tenu en Sorbonne en 2014.

4. Sinaï et mer Rouge, études des littoraux et de la navigation en Égypte ancienne

Trois chantiers archéologiques – dont l’un vient tout juste d’être ouvert permettent de renouveler en profondeur nos connaissances de la navigation antique en mer Rouge et d’analyser plus précisément les modalités d’occupation de la côte entre l’Ancien Empire et le Nouvel Empire égyptien.

Ayn Soukhna (responsables : Georges Castel (IFAO) et Claire Somaglino, à la suite de Pierre Tallet

Fouillé depuis 2001, le site d’Ayn Soukhna, a livré progressivement les vestiges d’un point d’embarquement sur le golfe de Suez, qui a dû fonctionner au moins entre l’Ancien Empire (IVe dynastie) et le Nouvel Empire (XVIIIe dynastie). Les vestiges d’embarcations destinées à la navigation en mer y ont été notamment mis au jour, ainsi qu’une fosse naviforme qui a probablement servi de cale de montage à l’Ancien Empire. La fouille devrait se poursuivre pendant le prochain quinquennal notamment pour l’étude de la zone basse du site, qui présente d’abondants vestiges de quartiers artisanaux du Moyen Empire égyptien. Le troisième volume de la publication du site (dévolu au système de galeries-entrepôts permettant d’abriter les embarcations) devrait être publié au cours du prochain quinquennal.

Sud-Sinaï (responsable : Pierre Tallet)

Le projet de survey de la zone minière du Sud-Sinaï touche à sa fin, mais devrait encore se poursuivre au début du prochain quinquennal, notamment pour l’étude du site du ouadi Maghara, qui semble avoir été la destination principale des expéditions lancées par voie maritime depuis les sites d’Ayn Soukhna et du ouadi el-Jarf. Un volume présentant les résultats de cette prospection est déjà sous presse, deux autres devraient être finalisés dans le cadre du prochain quinquennal.

Ouadi el-Jarf (responsables : Pierre Tallet et El-Sayed Mahfouz, université d’Assiout)

L’étude de ce site, sur la côte ouest du golfe de Suez, a commencé en 2011. Les premiers résultats ont permis de démontrer l’existence, à cet endroit, du premier port construit actuellement connu au monde, qui semble avoir fonctionné au début de la IVe dynastie (c. 2600 av. J.-C.). La fouille se poursuivra pendant l’ensemble du quinquennal – avec l’aide logistique de l’Ifao et un financement important du Ministère des Affaires étrangères - en se portant conjointement sur les vestiges immergés du port, et sur l’étude de différentes implantations terrestres dont un complexe important de galeries magasins qui ont d’ores et déjà livré un abondant matériel (pièces de bateau, jarres de stockage, inscriptions pharaoniques).

5. Étude des cultures de la Nubie et du Soudan ancien

L’étude des civilisations du Soudan ancien, et des modalités de la présence égyptienne dans cette région méridionale, est affichée comme l’un des thèmes de recherche majeurs de notre unité. Cet axe sera encore renforcé, dès l’année universitaire 2012-2013 par le recrutement d’un maître de conférences spécialisé dans ce domaine d’étude, ce qui devrait permettre un développement des programmes archéologiques au Soudan dans les années qui viennent.

Doukki Gel (responsables : Séverine Marchi, Charles Bonnet et Dominique Valbelle)

Au Soudan, la fouille du site de Doukki Gel (Pnoubs) par Charles Bonnet et Séverine Marchi se poursuit, tant dans le secteur du menenou égyptien fondé par Thoutmosis Ier que dans celui de la ville kouchite qui l’a précédé et a partiellement continué à exister sur une partie de son ancien territoire. Parallèlement Dominique Valbelle poursuit l’enregistrement, la documentation et la préparation de la publication des blocs et fragments (plus de 1000 à ce jour) provenant du décor de l’ensemble des temples égyptiens, napatéens et méroïtiques du site mis au jour par la Mission archéologique suisse de Kerma. Des fragments portant les restes de cartouches royaux ont fourni quelques jalons chronologiques précieux pour fixer la stratigraphie du site. Ces découvertes, associées au dégagement des vestiges archéologiques des temples du début de la XVIIIe dynastie sur le site de Doukki Gel contribuent à transformer et enrichir considérablement l’histoire de la Haute Nubie. L’édition de cette documentation est en cours.

Sedeinga (responsables : Claude Rilly et Pierre Tallet ; en coopération avec la SFDAS)

Le site se trouve au Soudan, sur la rive ouest du Nil, à 140 km au nord de la ville de Kerma. Il couvre une période s’étendant du néolithique (5000 av. J.-C.) à l’époque islamique (XVe siècle). Les principaux vestiges sont les ruines du temple consacré par le pharaon Aménophis III à son épouse Tiyi (vers 1350 av. J.-C.), la nécropole napato-méroïtique (700 av. J.-C. – 500 apr. J.-C.), qui comprend plus de 400 tombes à substructure pyramidale, les restes d’une église chrétienne médiévale (vers 1100). L’objectif est de comprendre la chronologie relative et d’affiner la chronologie absolue des enterrements dans la partie proprement méroïtique de la vaste nécropole de Sedeinga. Les travaux se sont donc concentrés sur une zone limitée comprenant des sépultures méroïtiques dont une large proportion sous pyramides.