Tell Héboua I et II

Sur le cordon littoral contemporain du IIe millénaire avant notre ère, à la hauteur de l’embouche de la branche Pélusiaque, deux sites verrouillaient la frontière orientale de l’Égypte, les forteresses d’Héboua I et Héboua II, fouillées sous la direction de Mohamed Abd el-Maksoud (CSA).

Tell Héboua I

Tell Héboua, sur la rive orientale du canal de Suez, dans le nord-ouest du Sinaï, à 4 km au nord-est de la ville d’El-Kantara-Est, se compose de quatre ensembles (Héboua I à IV) situés en bordure d’une lagune et se répartissant sur 92 hectares. Héboua I est, avec une superficie estimée de 17 hectares, le plus important. Les fouilles de l’inspectorat du Nord-Sinaï sur le site d’Héboua I se déroulent à intervalle régulier depuis 1981 sous la direction de M. Abd el-Maksoud. Elles concernent la moitié occidentale du tell, ceinturé par un mur d’enceinte à redans, construit partiellement sur des niveaux de la Deuxième Période Intermédiaire, dans la partie nord-est, ou directement sur le sable, et doublé par endroits d’une maçonnerie présentant les mêmes caractéristiques architecturales. Au nord et à l’ouest, un deuxième mur complète vers l’extérieur le système défensif. Large de 1,20 m, il est parallèle au premier dont il paraît contemporain. Il semble destiné à maintenir le sable autour des fondations du mur d’enceinte. L’ensemble des remparts fera l’objet d’une étude systématique ultérieure.

Les structures mises au jour dans le nord de la ville appartiennent à un ensemble constitué de grands magasins, greniers et silos associés à un bâtiment administratif. À l’ouest, une porte large de 12 m s’ouvre vers le delta oriental, tandis que, dans la partie méridionale de la ville, des bâtiments du règne de Séthi Ier ont également fait l’objet de dégagements.

Depuis 2004, les fouilles ont porté sur la partie méridionale du site où l’enceinte, large de 7 m, a été dégagée sur 185 m de long. Cette dernière a été doublée, à l’instar des segments nord et ouest de l’enceinte. Un second mur, large de 6 m, dépourvu de redans, a été repéré directement au sud. La chronologie relative de ces différentes maçonneries sera étudiée au cours des prochaines campagnes. Conjointement, des observations concernant le mur d’enceinte oriental ont été menées à l’est du site. Les fouilles ont continué à se développer dans la partie occidentale révélant la présence de plusieurs murs d’enceinte et de bâtiments datant respectivement du Nouvel Empire et de la période perse. Deux grands bâtiments liés, à l’est et à l’ouest, à une zone d’habitat et à des boulangeries sont accolés au rempart méridional. À cet emplacement, des structures datant de la fin de la DeuxiÈme Période Intermédiaire, parmi lesquelles des tombes, ont également été mises au jour. Les vestiges d’un complexe religieux, ceint d’un mur de 10 m de large, occupe la majeure partie de l’angle sud-ouest de la ville. Il comprend un grand temple de plan classique (60 m sur 40 m) orienté est-ouest, un autre temple de taille plus modeste (27 m sur 17 m) orienté nord-sud, partiellement construit sur des constructions antérieures, et la plateforme de fondation d’un bâtiment de plan carré de 20 m de côté. Les fouilles de cette zone sont en cours.

En 2007, un retour nord-sud de l’enceinte nord a été mis au jour vers le centre du site, déterminant un espace restreint. Dès les premières campagnes sur le site, divers documents épigraphiques, datant respectivement du Moyen Empire, de la Deuxième Période Intermédiaire et de l’époque ramesside, ont été mis au jour malgré la rudesse des facteurs d’érosion. De nouvelles découvertes enrichissent peu à peu notre vision de l’histoire de ce site et devraient contribuer à régler la question encore parfois controversée de l’identification du site au toponyme "Tjarou".

Tell Héboua II

Le site, situé au sud-est d’Héboua I, renferme une forteresse aux dimensions considérables (400 m par 350 m) où seuls des niveaux du Nouvel Empire ont été mis au jour jusqu’ici. Fouillé depuis 2007, le site a révélé plusieurs enceintes successives, dont l’épaisseur a été doublée, ainsi qu’une enceinte restreinte renfermant de vastes complexes de stockage et le temenos du plus ancien temple connu de l’Horus de Mésen (règnes de Thoutmosis II, de Séthi Ier, de Ramsès II et de Séthi II). La découverte récente (avril-mai 2008) d’éléments architecturaux inscrits au nom de plusieurs divinités constitue un apport considérable pour l’étude de l’origine d’un des sanctuaires les plus fameux d’Égypte aux époques tardives.