Tell el-Herr

NB : En raison du contexte égyptien actuel, la fouille a été interrompue depuis 2010.

La campagne de fouille de la mission franco-égyptienne de Tell el-Herr a eu lieu du 28 mars au 9 juin 2010, sous la direction de Dominique Valbelle, professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV).
Elle a porté essentiellement sur le secteur oriental du tell.

- La porte orientale de la forteresse perse
Au cours des saisons 2008 et 2009, les derniers niveaux d’utilisation de la porte orientale de la forteresse perse ont été mis au jour, étudiés et déposés jusqu’à un seuil en pierre calcaire et à un sol peint en rouge. Diverses reprises successives étaient visibles dans les maçonneries du passage ainsi que plusieurs maçonneries antérieures à ce dispositif, directement fondé dans le sable naturel.

La dépose des talus les plus récents de la première enceinte perse a permis l’étude, en 2010 de ses états les plus anciens dans le secteur de la porte orientale (fig. 1). Le talus original de la forteresse a été aménagé pour réserver une entrée et ses accès entre le bastion situé au centre du flanc oriental et celui qui se trouve immédiatement au nord. Il est difficile de reconstituer dans son état primitif la forme complète de cette porte, visiblement restaurée et transformée maintes fois durant les 2e et 3e quarts du Ve siècle av. J.-C. Néanmoins une grande partie du dispositif initial s’est conservée sous les maçonneries des talus ultérieurs et des sols successifs.

En contrebas du seuil de pierre de la porte, deux grandes marches amorcent une descente vers l’extérieur. Elles ont été creusées vers le sud d’une rigole où s’évacuaient des eaux provenant d’une jarre syrienne engagée sous le seuil de pierre et qui correspond sans doute à une canalisation venant de l’intérieur du passage de la porte, sous les sols actuellement dégagés. Le sol peint en rouge, déjà observé l’an passé au sud-est de l’espace déterminé par le mur jaune, recouvrait directement les massifs d’encadrement de l’escalier.

Celui-ci se poursuit vers l’est par cinq marches supplémentaires taillées dans la maçonnerie du talus. L’étroitesse de ces marches et leur excellent état de conservation suggèrent qu’elles n’ont pas servi de lieu de passage, mais correspondent plutôt à un aménagement prévu pour recevoir des planches les reliant à une rampe en briques crues située immédiatement à l’est de l’escalier. Cette rampe était encadrée par deux murets.

L’ensemble de ce dispositif a été coupé par un mur en briques brunes fondé à peu près sur le même niveau de sable, dans lequel deux portes ont été ménagées pour créer deux accès réduits séparés, au nord et au sud de l’axe de la porte.

- Un monument hypogée
Un nettoyage dans le poste de garde associé à l’avant-porte bâtie au nord-est de la porte orientale de la forteresse a conduit à la découverte d’une construction souterraine en briques crues entièrement aménagée dans le sable de la gezira à l’époque de la fondation de la forteresse, dans le deuxième quart du Ve siècle, ainsi que l’indique la céramique retrouvée dans l’ensemble du bâtiment.

Elle est constituée d’un escalier initialement voûté se développant en deux volées sur 20 m de long et 5 m de haut, menant à une pièce circulaire de 3,30 m de diamètre qui était couverte d’une coupole. Les briques des parois de cet étonnant dispositif, rectangulaires, ne sont ni jointoyées entre elles ni enduites, à la différence des briques de voûte dont la partie inférieure est conservée. L’extérieur des maçonneries était renforcé par l’usage de briques cylindriques qui devaient faciliter l’adhérence des matériaux entre eux. En raison du niveau particulièrement haut de la nappe phréatique, les dernières marches de l’escalier et le sol de la pièce circulaire étaient sous l’eau. La voûte de l’escalier et la coupole étaient déjà détruites lors de la construction du poste de garde. La majeure partie du bâtiment hypogée fut ensuite recouverte par le tracé de la deuxième enceinte de la forteresse vers le dernier quart du Ve siècle.

L’interprétation de ce monument est difficile en l’absence de tout parallèle connu en Égypte. S’il est clair que l’entrée du bâtiment était visible jusqu’à sa destruction lors de l’aménagement du poste de garde, les vestiges conservés en surface ne permettent pas de préciser dans quelle mesure il pouvait comporter une véritable superstructure. Le matériel archéologique retrouvé se limite à de la céramique - majoritairement des amphores chiotes et torpédos, entières ou en tessons - et à quelques ossements animaux qui seront analysés lors de la prochaine campagne. L’absence d’enduit entre les briques et à l’intérieur du bâtiment exclut un usage domestique - puits, citerne ou silo - qui aurait mal cadré avec sa situation extra-muros. L’aspect général de la construction suggère un usage funéraire, qu’aucun mobilier n’est cependant venu confirmer, voire religieux.

- Secteur à l’ouest de la porte orientale
En 2009, l’enlèvement des déblais accumulés par l’armée israëlienne au sommet du tell et plus précisément sur sa bordure orientale, a permis d’entreprendre des dégagements sur une surface d’environ 40 m de long par 20 m de large, mettant ainsi au jour les vestiges des occupations antérieures à l’établissement du camp romain du Bas-Empire. Bien que les fondations du mur d’enceinte de ce dernier aient profondément recreusé les couches sous-jacentes, il a été possible de fouiller les niveaux d’occupation des 4e et 3e quart du IVe siècle av. J.-C., ainsi que les vestiges d’un imposant bâtiment construit au début de ce siècle.

En premier lieu, le plan des fondations de la tour sud et des abords de la porte du camp romain a pu être complété, en mettant notamment en évidence une canalisation en briques cuites parfaitement conservée et située dans l’axe de la rue médiane. Le niveau d’occupation antérieur, datable du 4e quart du IVe siècle av. J.-C., a ensuite été dégagé. Il se caractérise par des constructions en bois, pour la plupart détruites par un incendie, dont ne subsiste plus que l’emprise au sol. De plan rectangulaire et d’une largeur ne dépassant pas les 4 m, les bâtiments présentaient des parois légères en clayonnage appliqué sur des poteaux et des piquets juxtaposés. Ils pouvaient être subdivisés par des cloisons, disposer d’une entrée principale à l’est et être associés à des palissades et à des fosses à remplissage charbonneux.

Les trous d’implantation des poteaux de ces constructions, d’une profondeur pouvant atteindre 40 cm, ont ponctuellement perturbé des bâtiments plus anciens, datés par le matériel céramique, du 3e quart du IVe siècle av. J.-C. et situés au sud d’une rue orientée est-ouest conduisant à l’esplanade d’entrée orientale de la forteresse. Édifiés en briques crues rectangulaires, il s’agit de plusieurs unités d’habitation de deux à quatre pièces accolées au mur sud d’un grand bâtiment oblong d’au moins 17 m de long pour une largeur de 6 m, partiellement fouillé en 2008. Les maçonneries de ce dernier semblent avoir été partiellement détruites à cette phase et réoccupées par un atelier dont la fonction reste pour le moment indéfinie. Un corpus homogène et original de céramiques (notamment des amphores) spécifiques de la période a été mis au jour sur le sol. Elles sont associées à du mobilier lithique et à des éléments d’architecture en calcaire, parfois débités (crapaudines, meules, plat en pierre) et probablement destinés à être réutilisés.

Au nord de la rue menant à l’esplanade, une autre unité d’habitation de trois pièces, construite au début du IVe siècle av. J.-C. est encore occupée à cette phase.

A l’origine, cette unité est l’annexe d’un vaste bâtiment surélevé à plan en L de 16,50 m par 16 m. Fondé sur un système de caissons limités par des maçonneries en briques cylindriques, il a été passablement arasé par la construction du mur d’enceinte oriental du camp romain et perturbé par des excavations réalisées durant l’occupation militaire du tell. Cet édifice comprenait dix pièces distinctes dont les sols ont, pour la plupart, disparu. Un escalier situé dans l’aile sud et matérialisé par imposant massif carré de 4,50 m de côté en briques cylindriques devait desservir un étage. Un second massif d’escalier, situé dans l’angle interne formé par les deux ailes du monument, menait à une cour séparant l’annexe du bâtiment principal.
Les travaux dans ce secteur seront poursuivis lors de la prochaine campagne, afin de dégager l’ensemble de la phase d’occupation correspondant à l’utilisation de cet édifice singulier.

- Au nord-ouest du tell, l’étude des fondations du palais du début du IVe siècle s’est poursuivie. Un système de caissons a pu être mis en évidence.

Parmi les membres de la mission figurent : Séverine Marchi, archéologue, Catherine Defernez, archéologue-céramologue, Jean-Michel Yoyotte, photographe.

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