Résumés de la journée du 18 décembre 2014


Edith Parmentier (Université d’Angers) : Flavius Josèphe et ses sources pour le récit du règne d’Hérode

Le portrait d’Hérode par Flavius Josèphe est tantôt pro-hérodien (dans La Guerre des Juifs), tantôt anti-hérodien (dans Les Antiquités juives). Cette incohérence est reprochée à l’historien depuis la première édition de ses œuvres comme une preuve de son manque de fiabilité et de son incapacité à faire la synthèse d’une documentation disparate. L’exposé présente trois épisodes qui en sont l’illustration.
Intervenant en épilogue à la mort de trois personnages de premier plan, les trois passages sont comparables sur le plan narratologique : le premier concerne Aristobule, l’un des prédécesseurs d’Hérode, le deuxième Hyrcan, responsable de son ascension et le troisième Phasaël, son propre frère. Sur le plan historiographique, chaque cas présente la juxtaposition de deux ou trois versions différentes, provenant de sources qui ne sont pas toutes identifiées, sans que l’auteur en ordonne les points de vue, même quand ils sont contradictoires.
Dans la mesure où rien n’obligeait Flavius Josèphe à se discréditer lui-même par ces palinodies littéraires, il convient d’y voir une intention historiographique. Nous l’interprétons comme la volonté de l’historien de mettre en évidence la complexité de son sujet, en plaçant son lecteur face à une variété de points de vue, comme devant les rayonnages d’une bibliothèque.

Valérie Fromentin (Université Bordeaux-Montaigne) : Dion Cassius, Histoire romaine : Formes du récit historique

L’Histoire romaine de Dion Cassius (80 livres) est aujourd’hui une œuvre semi-fragmentaire, amputée de son prooimion, qui ne livre quasiment aucune indication sur les intentions de l’auteur, sa méthode de travail, sa technique narrative et l’organisation générale de l’œuvre. La division en livres attestée par les manuscrits médiévaux remonte sans aucun doute à l’auteur mais les sommaires (pinakes) qui figurent en tête de chaque livre – et que toutes les éditions modernes ont reproduits – datent plus probablement du passage du volumen au codex. Or si l’on fait abstraction de ces avant-texte apocryphes, la césure entre les livres tend à s’effacer, le récit dionien apparaissant comme une scriptio continua, rythmée par les changements d’année consulaire et la partition domi/militiae ; mais on voit aussi qu’à cette trame annalistique se superpose une autre organisation, par grandes séquences événementielles et thématiques, indépendantes de la division en livres mais repérables aux interventions d’auteur placées -comme autant de jalons - le plus souvent (mais pas uniquement) à l’incipit ou au desinit de chaque séquence.

Sébastien Morlet (Université de Paris-Sorbonne) : Nouvelles remarques sur la composition de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe

Après une présentation du projet international de commentaire de l’Histoire ecclésiastique, qui a déjà donné lieu à un premier volume, paru aux Belles Lettre en 2012, on a pris pour base le livre II afin de soulever un certain nombre de problèmes et de mettre en évidence quelques traits caractéristiques de cette œuvre à bien des égards nouvelle dans la tradition historiographique : l’organisation en kephalaia, qui ne rend pas toujours justice à la structure profonde du récit ; le déséquilibre narratif et stylistique déconcertant dans une œuvre historique (les notices sèches succèdent aux développements rhétoriques, et inversement) ; la polyphonie des sources, qui contredit le principe d’unité stylistique, fondamental dans la tradition grecque et romaine de l’histoire ; la nouveauté des thèmes traités, qui induit des écarts notables avec cette même tradition ; le projet, spécifique au livre II, d’écrire une histoire croisée des temps compris entre l’Ascension et le déclenchement de la guerre de Judée, d’une part à partir des Actes des apôtres, d’autre part à partir des écrits « de l’extérieur ».

Emerance Delacenserie (Université de Ghent) : L’écriture de l’histoire par Théodore le Lecteur : étude de la composition de l’Histoire tripartite

L’Histoire tripartite, composée au VIe siècle par l’historien chalcédonien Théodore le Lecteur, a toujours été considérée comme une simple compilation d’extraits de trois histoires ecclésiastiques antérieures – celles de Socrate, Sozomène et Théodoret de Cyr – et non comme une œuvre nouvelle et indépendante de ses sources. Cette conception traditionnelle s’avère insuffisante lorsqu’on examine attentivement la composition et le contenu de l’œuvre. Certains choix et combinaisons des sources trahissent le point de vue personnel de l’auteur au sujet de l’évolution de l’Eglise tel qu’il a déjà été étudié au travers de ce qu’on nomme traditionnellement « la propre Histoire ecclésiastique de Théodore » (cf. Blaudeau, Greatrex). Ainsi, l’Histoire tripartite se révèle être l’antichambre et le miroir de l’Histoire ecclésiastique de Théodore.