Rencontres scientifiques d’Antiquité Classique et Tardive (16 décembre 2015)

- Mercredi 16 décembre 2015
de 17h à 19h
Collège de France, salle Lévi-Strauss
52, rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris


Daniel BODI, Professeur à l’Université Paris-Sorbonne

LE RÉCIT DE LA LEVÉE DES TROUPES PAR SAÜL EN 1 SAMUEL 11 ET L’ÂNE COMME SYMBOLE ROYAL DES HÉBREUX ET DES SEMI-NOMADES À LA LUMIÈRE DES COUTUMES AMORRITES

La conférence porte sur deux coutumes hébraïques qui semblent avoir des précurseurs amorrites. Nous analyserons d’abord le récit en 1 Samuel 11,5-11 où le chef de guerre, Saül, convoque les tribus hébraïques pour la bataille contre les Ammonites en dépeçant une paire de boeufs et en envoyant les morceaux à plusieurs tribus en leur demandant de le rejoindre au combat (v. 7). Une coutume semblable se trouve dans un texte paléo-babylonien de Mari (ARM II 48). Il s’agit d’une campagne militaire comme dans le récit sur Saül. La lettre décrit comment Zimrī-Līm, le chef de guerre amorrite des tribus bensimʾalites, est confronté à un problème de mobilisation des troupes. Pour hâter leur rassemblement, un de ses officiers lui demande l’autorisation de procéder de la manière suivante : de prendre un homme en prison, lui couper la tête et l’exhiber entre plusieurs villages en Syrie du Nord où stationnent les tribus des semi-nomades ḫanéens. De cette façon il les somme de se rassembler promptement pour la campagne militaire.
La deuxième coutume analysée porte sur le début de la carrière de Saül. Parti à la recherche des ânesses de son père en 1 Samuel 9, il finit par se faire oindre comme chef de guerre par les tribus hébraïques (1 Samuel 10,1). L’âne est le symbole par excellence de la royauté parmi les Hébreux et les Ḫanéens, tribus amorrites semi-nomades. Sa quête à la recherche des ânesses perdues anticipe l’élection de Saül à la royauté tribale.

Giusto TRAINA, Professeur à l’Université Paris-Sorbonne

ÉCRIRE L’HISTOIRE DE L’ARMÉNIE ANCIENNE

Pour l’essentiel, le royaume de la Grande Arménie est resté en marge des études d’histoire ancienne et d’archéologie. En fait, les antiquisants ont plutôt tendance à évoquer l’Arménie seulement quand elle s’est retrouvée au centre d’une crise militaire entre l’Occident et l’Orient, ce qui arriva à plusieurs reprises. Sa position stratégique, l’extension considérable de son territoire, la richesse de ses sites et de ses ressources naturelles, expliquent les efforts d’une part des Séleucides puis de Rome, de l’autre des dynasties iraniennes des Parthes puis des Sassanides, pour la contrôler sur le plan militaire mais aussi culturel.
Ces contacts avec l’Orient et l’Occident lui conférèrent une identité en quelque sorte métissée, et donc très difficile à étudier. Par conséquent, les spécialistes du monde classique, ainsi que les iranisants, tendent à négliger le rôle de l’Arménie, voire à amoindrir son rôle politique dans l’équilibre des puissances : le poncif de la Grande Arménie, envisagée d’une façon anachronique comme un « État tampon », demeure courant. D’où les difficultés de communication entre les rares spécialistes de l’Arménie pré-chrétienne et les autres antiquisants.
Un aspect particulièrement négligé est celui de l’utilisation de l’historiographie arménienne, dont les textes sont datables à partir du Ve siècle, qui présentent un ‘code’ assez complexe à déchiffrer, ainsi que leur intégration au dossier des sources gréco-latines. Le problème le plus délicat reste la datation de Moïse de Khorène (Ve siècle ? VIIIe siècle ?), un auteur assez maltraité par la critique moderne. Dans cette intervention, je proposerai l’interprétation de quelques textes, classiques et arméniens.

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