Transmission, diffusion, acculturation du savoir médical entre la Grèce, Byzance et l’Islam : l’exemple de la thériaque

- Responsables : Véronique Boudon-Millot et Françoise Micheau


La thériaque, fleuron de la pharmacopée grecque antique, doit son nom à la bête
sauvage (le plus souvent la vipère) utilisée pour sa préparation. De composition complexe, avec près d’une centaine d’ingrédients nécessaires à sa fabrication, la thériaque, considérée comme une véritable panacée, était prescrite pour guérir de nombreuses affections, et en particulier était régulièrement absorbée, à très faible dose, par les empereurs de l’époque romaine pour se prémunir contre tout risque d’empoisonnement, selon une méthode traditionnellement attribuée au roi Mithridate et désignée sous le nom de mithridatisation.

La thériaque a donné lieu à une abondante littérature pharmacologique constituée de
recettes, de prescriptions, de traités spécifiques relatifs à l’origine et à l’histoire, à la préparation et à l’administration, mais aussi à l’utilité et à la nocivité d’un médicament tour à tour susceptible, selon les doses utilisées, de jouer le rôle de panacée, de contrepoison, ou encore de poison purement et simplement destiné à tuer. Au-delà de la simple recette, ce corpus offre donc à la fois une conceptualisation et une réflexion approfondie sur la thériaque.

Le groupe de travail constitué autour de ces traités a rassemblé une trentaine de
chercheurs intéressés par l’histoire de la pharmacopée antique et médiévale, et plus
généralement par l’histoire des sciences et des idées. Ils ont été amenés à s’interroger et à confronter leurs points de vue sur les voies de la transmission de la thériaque du monde grec au monde oriental et au monde latin. Le but de cette enquête, qui repose prioritairement sur la lecture et l’analyse de textes rédigés aussi bien en grec et en latin qu’en arabe ou dans toute autre langue orientale, pendant l’Antiquité et tout le Moyen Age jusqu’à la Renaissance, est de rassembler un corpus le plus complet possible des traités sur la thériaque. La confrontation de
ces différentes sources, à chaque fois replacées dans leur contexte culturel et historique propre, a été menée en vue de constituer une base sûre et indispensable pour écrire l’histoire de la transmission, de la diffusion et de l’acculturation de cette préparation pharmaceutique dont la présence dans les officines parisiennes jusqu’au début du XXe siècle atteste encore le prodigieux succès et l’extraordinaire longévité.
Les travaux de ce groupe sont amenés à se poursuivre en 2008-2009. Et les résultats de ces échanges interdisciplinaires seront publiés en 2009-2010 sous la forme d’un livre offrant, par grande aire culturelle et chronologique, une synthèse éclairée par des études ponctuelles.

Programme des séances pour l’année 2007-2008
— 15 octobre 2007 : Véronique BOUDON-MILLOT et Françoise MICHEAU, « Présentation du corpus des principaux textes grecs et introduction aux travaux du groupe sur la Thériaque ».
— 26 novembre 2007 : Alessia GUARDASOLE, « La thériaque des deux Andromaque ».
— 21 janvier 2008 : Joëlle RICORDEL, « Les traités sur les poisons et les antidotes chez les arabo-musulmans », et Mehrnaz KATOUZIAN-SAFADI, « Les traités arabes sur la Thériaque ».
— 18 février 2008 : Françoise MICHEAU, « Le manuscrit BNF arabe 2964 “Le Livre de la Thériaque” ».
— 31 mars 2008 : Robert HAWLEY, « Les écrits syriaques sur la thériaque », et Jean-Louis BOSC, « Les thériaques à Montpellier ».
— 19 mai 2008 : Benoît COSTE, « La théorie de la thériaque chez Bernard de Gordon et Arnaud de Villeneuve et de ses effets thérapeutiques dans le traitement de nombreuses maladies », et Joëlle JOUANNA-BOUCHET, « Les thériaques de Scribonius Largus ».