Épigraphie de l’Arabie préislamique

Iwona GAJDA, Laïla NEHMÉ, Alessia PRIOLETTA, Christian J. ROBIN


Page créée le 4 octobre 2017
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Statuette sudarabique en albâtre déposée au musée de Lahj
(© J. Schiettecatte)

L’épigraphie de l’Arabie préislamique, qui est très riche, est une discipline jeune et en pleine effervescence. Les découvertes faites sur le terrain depuis plusieurs décennies (au Yémen entre 1970 et 2008 et en Arabie Saoudite surtout depuis les années 2000) conduisent à l’édition d’une multitude de nouveaux textes. Elles incitent également à reprendre constamment les études anciennes et à réexaminer les conclusions et les hypothèses déjà formulées.

Pour l’Arabie du Sud ancienne, il s’agit d’éditer les inscriptions en diverses langues et écritures sudarabiques qui datent de la période comprise entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le VIe siècle ap. J.-C. Elles ont été découvertes sur le terrain au Yémen, étudiées au Musée national de Sanaa ou encore proviennent de collections privées. Il s’agit également de rééditer certains textes, notamment dans le cadre de la collection Inventaire des inscriptions sudarabiques publiée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettre (AIBL) sous la direction de Chr. Robin.

Les recherches épigraphiques sont étroitement liées à l’étude de l’histoire de l’Arabie du Sud, particulièrement aux IIIe-IVe siècles ap. J.-C., période d’unification du pays, d’introduction du monothéisme et de conquête de l’Arabie centrale. Elles sont également liées à la compréhension des phénomènes religieux. Ceux-ci peuvent être abordés à travers les noms divins et les noms théophores attestés dans les inscriptions, à travers le lexique religieux, la mention de sanctuaires, etc. L’organisation des cultes, les pratiques religieuses, l’institution de la prêtrise, le rôle du temple dans la vie économique et religieuse sont autant de thèmes de recherche qui intéressent les études sudarabiques.

Ces travaux permettent aussi de poursuivre l’étude des systèmes grammaticaux des langues de l’Arabie du sud (sabéen, qatabanite, minéen et hadramawtique) selon les méthodes de la linguistique historique.

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Madar (Yémen), remploi de l’inscription sabéenne CIH 340 (© J. Schiettecatte)

La question est de savoir si les quatre langues sudarabiques forment véritablement une famille linguistique au sein de la branche du sémitique central. En présentant une nouvelle grammaire comparée des langues sudarabiques et en évaluant les isoglosses (aire géographique d’un dialecte ou d’un trait dialectal) et les innovations qui caractérisent ces langues, il devient possible de déterminer si elles sont le résultat d’un héritage commun ou au contraire de contacts linguistiques.


L’étude des graffiti, sudarabiques et ‘thamoudéens’ (variantes mal définies de dialectes nordarabiques), a souvent été négligée par les chercheurs sudarabisants car déconsidérés au regard des inscriptions monumentales ou formelles.

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Ḥimā (Arabie Saoudite), graffites thamoudéens et pétroglyphes d’autruches (© Mission archéologique franco-saoudienne à Najran)

Ils sont écrits dans des contextes informels par des populations qui étaient aux marges des sociétés urbanisées et constituent en ce sens une source d’information unique sur ces populations. L’étude de la variété des styles d’écriture, du formulaire, de la langue et de la chronologie porte en priorité sur les graffitis dits « (thamoudéens) ḥimāites », du nom de la région de Ḥimā, au nord de la ville moderne de Najrān.

En dehors du domaine sudarabique, les inscriptions nabatéennes, nabatéo-arabes et arabes préislamiques font également l’objet d’études et de publications. Différents ensembles d’inscriptions sont concernés, en premier lieu celles de la région de Madāin Ṣāliḥ (ancienne Hégra), souvent gravées à proximité de sanctuaires ou de salles de banquet, mais aussi celles de la piste caravanière qui reliait cette cité antique à Pétra, 500 km plus au nord, celles de la région de Dūmat al-Jandal ou encore, en Syrie cette fois, celles de Boṣrà. Le corpus des inscriptions nabatéo-arabes enfin, qui couvre les IIIe-VIe siècles ap. J.-C. (environ 150 textes), est particulièrement important car il s’agit de textes encore peu connus, transitoires entre le nabatéen et l’arabe et qui montrent un état de la langue où araméen et arabe se côtoient encore.



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Wādī Bahāʾ (Yémen), inscription du Ier siècle de notre ère (© I. Gajda)
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Madâ’in Sâlih (Arabie Saoudite), inscription nabatéenne gravée sur la façade du tombeau IGN 120 (16/17 ap. J.-C.)
(© Mission archéologique franco-saoudienne à Madâ’in Sâlih)

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Kamna (Yémen), inscription des VIIIe -VIIe siècles av. è. chr.
(© I. Gajda)