Mission archéologique d’al-Bad‘, supposée ancienne Madyan

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Tombeaux nabatéens d’al-Bad‘































- Situation 28°29’34 N et 35°00’26 E

- Responsables
Guillaume Charloux (Orient & Méditerranée – équipe Mondes sémitiques)
Samer Ahmed Sahlah (King saud University, Riyadh).

- Description de la mission

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La nécropole de Mughayr Shu‘ayb

Bien que méconnue du grand public et dans une large mesure de la communauté scientifique, l’oasis d’al-Bad‘ (28°29’34 N et 35°00’26 E) constitue, sur le plan patrimonial et historique, l’une des principales oasis du nord-ouest de l’Arabie.
Par l’abondance et la majesté des vestiges archéologiques, la beauté de ses paysages et la proximité de la mer, le site possède tous les atouts nécessaires pour attirer de nombreux visiteurs saoudiens et étrangers. Afin d’espérer de larges profits tant en termes culturels qu’économiques dans les décennies à venir, le service des antiquités d’Arabie Saoudite et la communauté scientifique internationale (Mission archéologique d’Al-Bad‘) se coordonnent aujourd’hui pour étudier et valoriser les vestiges antiques et islamiques encore bien préservés de l’oasis.
Localisé dans la province de Tabûk, le site contrôlait aux époques classiques et médiévales l’unique accès vers ‘Aqabâ et la Jordanie-Palestine depuis les grands ports du littoral oriental de la mer Rouge, notamment ‘Aynuna et Leuké Komé (vraisemblablement situé dans la région d’al-Wajh). Ne pouvant longer à l’ouest la côte du Golfe d’Aqabâ en raison du relief escarpé, la route commerciale - et de pèlerinage à l’époque médiévale - empruntait par le passé une voie intérieure le long du wâdî ‘Afâl, au débouché duquel se trouve al-Bad‘.
La plupart des savants s’accordent pour reconnaître dans cette vaste oasis aux imposants vestiges archéologiques l’ancienne Madyan, mentionnée à de nombreuses reprises dans la Bible, le Coran et chez les auteurs classiques (Flavius Josèphe, Ptolémée, Eusèbe), malgré l’absence d’attestation écrite formelle. La durée d’occupation du site est probablement assez longue.

À ce jour, les traces anthropiques les plus anciennes remontent à l’âge du Fer (époque « madyanite », généralement placée autour de la fin du 2e mill. et de la première moitié du 1er mill. av. l’è. c.). P.J. Parr mentionne également de la céramique des 1er s. av. è.c. au 2e s. ap. è.c. récoltée en surface du tell principal, correspondant donc à la datation des tombeaux à façade et de quelques graffites nabatéens. L’occupation du site perdure jusqu’à nos jours.

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Prospection des tombes en 2017

Les problématiques entourant les installations antiques et médiévales d’al-Bad‘ n’ont pour l’instant été qu’effleurées sur le terrain :
L’étude du peuplement régional en milieu aride couvre de nombreux pans de recherche, aussi bien environnementale qu’archéologique. Comment l’oasis se présentait-elle lors des phases plus humides ? Comment a-t-telle évolué au cours du temps ? Quel fut le rythme d’occupation de l’oasis ? Comment se sont sédentarisées les populations et comment s’est développé en parallèle le peuplement au niveau régional ? Sommes-nous susceptibles de découvrir des traces plus anciennes que l’âge du Fer, par exemple de l’âge du Bronze, connues non loin dans le désert du Sinaï et dans la vallée de l’Aravah, en Jordanie méridionale et en Arabie ?
Les études environnementales doivent nous aider à mieux appréhender les étapes de l’implantation anthropique. Comment le paysage s’est modifié, transformé et a été aménagé sur la longue durée ? À quelle époque l’oasis fut-elle cultivée pour la première fois ? Quels denrées notamment agricoles furent produites sur place ou importées ? Quel fut l’évolution du régime alimentaire des populations indigènes ?
Bien que l’occupation de l’âge du Fer paraisse en l’état presque anecdotique, il sera indispensable de caractériser l’étendue et à le type d’installation à cette période. Les traces découvertes sont-elles celles d’une occupation sédentaire ou seulement temporaire ? Nos données sont plus denses et précises pour les périodes suivantes, en particulier les époques classique et médiévale.

Il est convenu que l’oasis faisait partie du royaume nabatéen aux premiers siècles avant et après l’è. c. et qu’elle a contribué à la richesse de ce peuple, dont Diodore de Sicile se fait l’écho. Avec Hégra (Madâ’in Sâlih), al-Bad‘ constitue assurément la plus grande cité nabatéenne de cette époque dans le nord-ouest de l’Arabie. Il est de fait nécessaire de s’intéresser aux raisons expliquant la permanence d’une implantation dans l’oasis après le 1er s. Ne serait-ce tout simplement dû à la place stratégique tenue par al-Bad‘ sur le plan régional ? Avec ces tombeaux aux façades monumentales sculptées, la présence d’édifices publics, ce centre régional devait assurément jouir d’un large rayonnement aux alentours.
Sur le plan interrégional, le contrôle d’un tronçon de route commerciale, puis de pèlerinage – difficilement contournable hormis en faisant un long détour par Tabûk - conférait à l’oasis une place primordiale sur la route côtière de l’Arabie préislamique et islamique. Les questions qui se posent sont nombreuses, que ce soit concernant les modalités de ce commerce, les lieux d’arrivée et de départ de cette voie ainsi que les étapes, les autorités de contrôle ou la nature des produits transités, les moyens de transport et plus globalement la nature des échanges. À condition que l’oasis ne soit pas seulement une grande étape caravanière, il faut également s’interroger sur les ressources naturelles disponibles sur place, et leurs rôles dans le commerce local, à moyenne et longue distance.

Sur le plan politique, il convient de s’interroger sur les conséquences de l’annexion probable d’al-Bad‘ dans l’Empire romain dès 106, à l’instar du reste de la Nabatène, puis à son histoire à la fin de l’ère préislamique et à l’époque islamique. Une première visite du site fin 2016 et une campagne de terrain fin 2017 ont ainsi montré que l’oasis était très étendue dans son état préislamique, avec une forte rétraction à l’époque islamique. La mise en lumière d’une évolution diachronique des espaces fonctionnels de l’oasis constituera une priorité de la mission.
Une part non négligeable de l’activité que nous souhaitons mener à al-Bad‘ sera dévolue à renforcer la collaboration scientifique et stratégique entre la France et l’Arabie Saoudite, déjà fort intense dans le domaine archéologique depuis plus d’une dizaine d’années.

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La cité antique d’al-Malha à Al-Bad‘






















- Partenaires

France
- Le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
- Le Ministère Français de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE)
- L’ambassade de France à Riyadh, Service de coopération et d’action culturelle (SCAC)
- L’UMR 8167, Orient & Méditerranée, équipe Mondes sémitiques, Paris
- L’UMR 5608, TRACES, Toulouse
- L’UMR 5133, Archéorient, Lyon
- Le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), UMR 7209, Paris
- Le Labex Resmed, University Paris IV, Religions et Sociétés dans le Monde Méditerranéen, Paris
- Le Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales (CEFAS), Koweit City
- Le Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak (CFEETK), USR3172, Louxor
- L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- L’université de Strasbourg, École et Observatoire des Sciences de la Terre (EOST), Strasbourg
- L’université d’Orléans
- L’académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris
- La direction régionale des affaires culturelles,Ministère de la Culture, Centre-Val de Loire

Arabie Saoudite
- La Saudi Commission for Tourism and National Heritage (SCTH), Riyadh
- L’université du Roi Saud à Riyadh (KSU), Département d’histoire et d’archéologie, Riyadh
- La King Abdullah University of Science and Technology (KAUST), Visual Computing Center, Djedda
- La King Saud University, College of Science, Department of Geology and Geophysics, Riyadh
- Le Département des Antiquités de la province de Tabûk, Tabûk