Les concordismes dans le monde méditerranéen (Antiquité et Moyen Âge)

Projet de recherche de l’équipe Antiquité classique et tardive
UMR 8167 « Orient et méditerranée »

Organisation : Sébastien Morlet

Le souci d’accorder les textes et les doctrines naît dans le monde grec à l’époque hellénistique, à la faveur des travaux des philologues alexandrins, qui cherchent à mettre les « classiques » en accord avec eux-mêmes ou s’interrogent sur l’accord ou le désaccord des auteurs, des écrits historiques, qui examinent l’accord ou le désaccord des sources, et finalement des évolutions de la philosophie, où, face au défi du scepticisme, émerge dans le platonisme, avec Antiochus d’Ascalon, une première réflexion sur l’accord des doctrines (Platon, Aristote et les stoïciens).

L’Empire romain est marqué par une accentuation des tendances concordistes : le judaïsme de langue grecque et le christianisme naissant élaborent une réflexion sur l’accord de la Bible avec elle-même ou avec l’hellénisme, tandis que les néoplatoniciens, à partir du IIIe s., construisent progressivement un discours concordiste de plus en plus ambitieux, d’abord centré sur l’accord de Platon et d’Aristote, puis de Pythagore, d’Orphée et des Oracles chaldaïques.

Le concordisme a donc été une tendance fondamentale de l’histoire des idées dans le monde grec et romain. Consistant à postuler ou à démontrer l’accord des textes et des doctrines, cette tendance intellectuelle renvoie à une conception particulière de la vérité, considérée comme fille du consensus, ou de l’erreur, associée au dissentiment. Se présentant a priori comme une pratique appauvrissante – le concordisme consiste à réduire au même des textes ou des doctrines différentes -, il s’est révélé en réalité extrêmement fécond dans l’histoire littéraire et dans l’histoire des idées. Producteur de textes, il a constitué un schème interprétatif de première importance autant qu’il a contribué, paradoxalement, à faire émerger, de la confrontation des textes, des idées souvent nouvelles.

Si l’importance de ce phénomène a été récemment mise en lumière dans l’histoire de la philosophie par G. E. Karamanolis et I. Hadot, après les travaux pionniers de P. Hadot et d’H. D. Saffrey, et, dans les textes juifs de langue grecque et les premiers textes chrétiens, par S. Morlet, il reste plusieurs zones d’ombre à explorer : le monde latin, d’une part, jusqu’à la fin du Moyen Âge, le monde byzantin, du IVe s. au XVe s., les cultures, enfin, qui, dans l’Antiquité ou au Moyen Âge, ne se ramènent pas au monde grec et romain.

Le projet proposé consistera à aborder chacun de ces trois points d’une façon collective, à l’occasion de trois colloques internationaux, et selon le calendrier suivant :

1. Les concordismes dans le monde latin (Antiquité et Moyen Âge) : 11-12 septembre 2019.

2. Les concordismes chez les Pères grecs et à Byzance (IVe s. – XVe s.) : 9-10 septembre 2020.

3. Les concordismes en Méditerranée et ailleurs (Antiquité et Moyen Âge) : 8-9 septembre 2021.

Le troisième colloque devra accorder une place importante aux cultures qui ont croisé de près ou de loin la culture gréco-romaine (les christianismes orientaux, l’Islam notamment), mais pourra également être l’occasion d’introduire dans le projet une dimension comparatiste. Des mondes plus éloignés de l’aire méditerranéenne pourront ainsi être évoqués – monde persan, monde chinois, etc. – ainsi que des traditions intellectuelles ou religieuses inconnues dans le monde grec et romain.

Les propositions de communication peuvent porter sur un auteur, un texte, un groupe d’auteurs ou de textes, ou sur un ou plusieurs concepts en rapport avec le concordisme (consensus, harmonisation, dissentiment, etc.).

Les colloque auront lieu à Sorbonne Université, à Paris.

Les propositions doivent être adressées au comité d’organisation du projet à l’adresse :

concordismes@gmail.com

Elle doivent lui parvenir :
- pour le colloque n° 1 : avant le 31 août 2018.
- pour le colloque n° 2 : avant le 31 août 2019.
- pour le colloque n° 3 : avant le 31 août 2020.

BIBLIOGRAPHIE

I. HADOT, Athenian and Alexandrian Neoplatonism and the Harmonization of Aristotle and Plato, Leiden – Boston, 2015.
P. HADOT, « L’harmonie des philosophies de Plotin et d’Aristote selon Porphyre dans le commentaire de Dexippe sur les Catégories », dans Plotino e il neoplatonismo in Oriente e in Occidente, Atti del Convegno internazionale, 5-9 ottobre 1970, Roma, 1974, p. 31-47 (= Plotin, Porphyre. Études néoplatoniciennes, Paris, 2010, p. 355-382).
G. E. KARAMANOLIS, Plato and Aristotle in Agreement ? Platonists on Aristotle from Antiochus to Porphyry, Oxford, 2006.
S. MORLET, Συμφωνία. La concorde des textes et des doctrines dans la littérature grecque jusqu’à Origène, Paris, à paraître en 2018 (Les Belles Lettres).
H. D. SAFFREY, « Accorder entre elles les traditions théologiques : une caractéristique du néoplatonisme athénien », dans E. P. BOS – P. A. MEIJER (dir.), On Proclus and his Influence in Medieval Philosophy, Leiden – New York, 1992, p. 35-50.