Mission Archéologique d’Aghmat (MAA) : étude, conservation et valorisation de la capitale médiévale du Haouz

Directeurs de fouilles : Chloé Capel (Docteure univ. Panthéon-Sorbonne), Abdallah Fili (univ. Al-Djedida), Ronald Messier (Middle Tennessee State University)


Mise à jour : 10 juin 2018

Présentation

La ville d’Aghmat représente le principal pôle urbain, économique, agricole et spirituel du sud du Maroc médiéval, jusqu’à ce que Marrakech, fondée à moins de 30 km de distance, ne viennent la supplanter dans ce rôle dans le courant du XIIe siècle. Désertée depuis lors, Aghmat se présente aujourd’hui comme un immense gisement archéologique enfoui sous les champs. Depuis 2005, la mission archéologique d’Aghmat, à ce jour placée sous une direction conjointe marocaine, américaine et française, se consacre à l’étude de cette capitale méconnue, à la protection de ses vestiges et à la valorisation de ces derniers dans l’espoir d’ouvrir le site au public.

Contexte historique et géographique du site
Le site archéologique d’Aghmat se développe sous l’actuel centre-bourg du village moderne de Ghmat, à 30 km au sud-sud-est de Marrakech, au pied du Haut-Atlas. En partie condamné sous les constructions modernes, l’essentiel de l’emprise du site est toutefois localisé aujourd’hui sous les terres agricoles et de ce fait reste, faute de mécanisation, largement préservé.
Les origines de la cité restent à ce jour obscures. Elle émerge dans l’histoire au début du IXe siècle comme atelier de frappe idrisside puis est décrite dans les textes comme un carrefour commercial majeur, une ville florissante et un très important centre de production agricole, développé sur les rives de l’oued Ourika. Bénéficiant d’un statut d’émirat indépendant jusqu’au XIe siècle, Aghmat est investie aux environs de 1058 par les Almoravides qui, au sortir du Sahara, la choisissent comme première capitale de leur empire maghrébin. La ville est toutefois supplantée dans cette fonction environ deux décennies plus tard à l’occasion de la fondation de Marrakech, sortie de terre à une trentaine de kilomètres au nord. L’essor de Marrakech ne sera pas sans porter ombrage à la prospérité et au rayonnement d’Aghmat qui demeure néanmoins une cité de dimensions importantes jusque dans le courant du XIVe siècle avant de décliner inexorablement. Au XVIe siècle, Léon l’Africain révèle que la ville a changé d’aspect et qu’elle est désormais pour partie ruinée et pour partie occupée par des habitants ruralisés. Dans le même temps, Aghmat demeure, et jusqu’à aujourd’hui, un site symbolique puissant puisqu’elle devient l’objet d’un pèlerinage pieux, tourné vers la visite des tombeaux de saints personnages inhumés dans la région.


Historique et objectifs du programme
La Mission Archéologique d’Aghmat (MAA) est née en 2005 sous l’appellation originale de Moroccan-American Project at Aghmat (MAPA). Ce programme a été initié sous l’impulsion de Frederick Vreeland, ancien ambassadeur des USA au Maroc, et de son épouse, Vanessa Vreeland, désireux de financer une campagne de restauration du hammam de Ghmat, vestige spectaculaire de la ville médiévale encore préservé en élévation au cœur du village. Les trois premières missions du MAPA ont ainsi été consacrées à l’étude et à la consolidation de ce monument exceptionnel, le plus grand hammam médiéval du Maghreb Extrême à ce jour documenté (fig. 1). De 2007 à 2016, une restructuration durable du programme a permis d’élargir le champ d’investigation du MAPA à l’ensemble du quartier entourant le monument du hammam (fig. 2), tout en continuant d’y associer des campagnes de préservation des vestiges mis au jour. Désormais placé sous la tutelle directe de la Direction du Patrimoine Culturel (dir. A. Saleh Alaoui), le MAPA, dirigé par R. Messier (MTSU) et Abdallah Fili (université Chouaib Doukkali) s’est vu placé dans la dépendance de la Fondation Aghmat, créée pour l’occasion (prés. My A. Alaoui), laquelle est responsable de la gestion financière et scientifique du projet. Ainsi, dans une configuration à ce jour unique au Maroc, ce partenariat public-privé a permis durant dix ans le développement spectaculaire du programme en bénéficiant de financements principalement issus du mécénat. Engagé en 2008, un effort financier exceptionnel a par ailleurs permis l’acquisition progressive du terrain de 2,5 hectares où ont été mis au jour les principaux vestiges du site et ce afin de les préserver de la spéculation foncière, très active autour de Marrakech. En 2016, une nouvelle restructuration administrative et scientifique a permis l’élargissement du programme archéologique d’Aghmat : enrichi d’une nouvelle co-responsable, C. Capel (UMR 8167), le projet maroco-américain est devenu la Mission Archéologique d’Aghmat (MAA) : étude, conservation et valorisation de la capitale médiévale du Haouz, et a connu une évolution sensible de son orientation scientifique. En plus de ses travaux d’étude et de conservation, la mission (fig. 3) travaille à la mise en valeur du site, dans l’objectif de son ouverture au public, à l’étude environnementale et territoriale d’Aghmat et au développement d’une capacité d’action en matière d’archéologie préventive, dans un village où la pression immobilière grandit au fil des années.

Intérêt scientifique et problématiques archéologiques
En étant largement désertée à la fin du XIVe siècle, la ville d’Aghmat présente le destin singulier d’avoir été figée dans son état d’abandon de la fin du Moyen-Age. Estimée à environ 100 hectares intra-muros, délimités par une muraille ancienne dont le tracé a été reconnu dans de grandes sections, Aghmat reste dans l’état actuel de l’urbanisation accessible aux archéologues sur plus de la moitié de son emprise (fig. 4). Ainsi le potentiel scientifique de ce gisement se révèle exceptionnel, dans un contexte où l’immense majorité des villes médiévales ont été condamnées sous les occupations contemporaines. Aghmat constitue donc une chance unique de développer une étude approfondie, sur le temps long et sur de vastes emprises, d’une grande ville médiévale, de son organisation spatiale, de son histoire architecturale, de sa culture matérielle, de sa structuration sociale, de sa chronologie, de ses logiques de développement et de ses modes d’occupation. Indirectement, l’étude d’Aghmat permet par ailleurs d’ores-et-déjà de mieux appréhender l’histoire archéologique, méconnue, de Marrakech avec laquelle elle semble partager une trame et des dynamiques urbaines communes, ce qui constitue, par ricochet, l’intérêt ultime de la MAA.


La Mission Archéologique d’Aghmat travaille depuis 2005 dans le quartier monumental de la ville, qui rassemble les organes de représentation politique et religieuse de la cité médiévale (grande mosquée, palais, hammam public, réserves en eau). Son espace d’investigation est actuellement de 3,7 hectares de terrain, constitués en réserve archéologique, avec une emprise déjà fouillée au sol d’environ 2800 m² (fig. 5). En raison de l’état de préservation admirable des vestiges de la dernière phase d’occupation de la ville (XIVe siècle), la MAA a opté pour une stratégie de fouille en aire ouverte limitée à l’étude de ces ultimes aménagements afin de préserver l’outil pédagogique exceptionnel que constitue ce gisement, dans l’optique de son ouverture future au public. Toutefois, la MAA opte pour une stratégie d’investigation différente dans tous les secteurs touchés par le pillage : dans ces zones où les structures superficielles ont déjà largement disparu, les fouilles sont poursuivies jusqu’au sol vierge, afin de documenter toute la puissance stratigraphique de la ville et ainsi ouvrir autant de fenêtres sur l’histoire ancienne de la cité. L’amplitude chronologique pour le moment arrêtée s’étend du Xe au XVIe siècle, avec une rupture marquée des modes d’occupation correspondant au XIVe siècle (phénomène de ruralisation). Alors que pour le moment les travaux de fouille se concentrent dans le quartier monumental, la MAA a récemment développé des enquêtes sur l’organisation territoriale, et notamment hydraulique, du site et travaille à la réalisation d’une carte archéologique de la région. Dans le même temps, la MAA espère pouvoir ouvrir à l’avenir de nouveaux secteurs de fouille dans d’autres quartiers de la ville médiévale, notamment dans ses quartiers artisanaux ou ses quartiers d’habitat, et ainsi participer à élargir l’emprise de la réserve archéologique.


Institutions partenaires

  • Eveha-International
  • Direction du Patrimoine Culturel – Ministère de la Culture
  • Direction régionale du Patrimoine Culturel - Marrakech
  • Gouvernorat de la Province du Haouz
  • Caidat de Ghmat
  • Fondation Aghmat
  • Fondation Jardin Majorelle
  • UMR 8167 Orient & Méditerranée
  • American Institute of Archaeology

Participants
Violaine Héritier Salama (archéologie/fouille, Doctorante univ. Paris-Nanterre)
Stéphanie Zeller (inventaire/Mobilier, Mission Archéologique Départementale de l’Eure)
Abeslam Zizouni (conservation/restauration, Direction du Patrimoine Culturel, Maroc)
Tareq Moujoud (conservation/restauration, Direction du Patrimoine Culturel, Maroc)
Sylvain Foisset (topographie, EVEHA International)
Jérôme Ros (archéobotanique, Post-Doc Casa de Velázquez Madrid)

Publications

  • FILI A., MESSIER R., CAPEL C., Héritier-Salama V., 2014. « Les palais mérinides dévoilés : le cas d’Aghmat », dans Y. Lintz, C. Délery, B. Tuil Leonetti (dir.), Maroc Médiéval : un empire de l’Afrique à l’Espagne, Hazan - Louvre Editions, Paris, p. 446-450.
  • FILI A., MESSIER R., 2015. « Le hammam d’Aghmat (Xe - XIVe siècles) », dans A. Akerraz, A.S. Ettahiri, M. Kbiri Alaoui (dir.), Hommage à Joudia Hassar-Benslimane – Tome II, INSAP, Rabat, p.345-362.
  • HÉRITIER-SALAMA V., CAPEL C., FILI A., MESSIE R., 2016. « De la ville aux champs. La transformation d’Aghmat (Maroc) entre les XIVe et XVIe siècles » dans C. Müller et M. Heintz (éd.), Transitions historiques : rythmes, crises, héritages, 12e colloque de la MAE, De Boccard, Paris, p. 195-208.
  • FILI A., DELERY C., MESSIER R., 2016. « Les céramiques de cuerda seca découvertes au hammam d’Aghmat », Bulletin d’Archéologie Marocaine, 23, pp. 283-297.