Colloque international

Transmission et réseaux en Méditerranée, de l’Antiquité à l’Islam

5-6 septembre 2018
Faculté des Sciences Humaines et Sociales
Tunis


Présentation

Les travaux sur la période de transition, appelée communément LAEI (Late Antiquity and Early Islam) foisonnent depuis une trentaine d’années et touchent presque à tous les domaines de la recherche historique. Cependant, on repère une faille historiographique : le Proche-Orient (Égypte incluse), très bien documenté (archéologie, papyrologie, historiographies multiples : byzantine, syriaque, copte, perse…), est séparé d’un Occident lointain, d’une Afrique du Nord mal documentée, où l’écrit ne règne pas en maître (par exemple, on ne recense aucun document d’époque umayyade, à l’exception des monnaies). Quelques travaux récents tentent de sortir l’Occident musulman des débuts d l’Islam de son atonie historiographique et de le rattacher à l’Orient par les prismes de l’arabisation, de l’islamisation, de l’orientalisation, voire de l’intégration à un monde islamique oriental déjà impérial.
D’autre part, les régions de cet empire islamique, considérées comme non-centrales (le centre étant le tandem Syrie-Irak, avec les capitales umayyade et abbasside) connaissent, elles aussi, un renouveau sensible. L’exemple de la péninsule Arabique, pourtant berceau de cette identité impériale (arabe/islam), démontre à quel point cette faille est prégnante dans les travaux sur la construction impériale islamique. Le poids de la masse documentaire proche-orientale, mais surtout la prédominance d’un milieu académique faisant du prisme spatio-dynastique (Syrie umayyade versus Irak abbaside) le leitmotiv d’historiographies concurrentes, d’idéologies opposées et de repères chronologiques incontournables, conduisent aujourd’hui à une production historique déséquilibrée et mal jaugée. L’Égypte, bien qu’elle soit le laboratoire d’excellence de cette recherche LAEI, quand on atteint l’époque abbaside, est considérée comme une périphérie, une terre provinciale, une marge. Or, on pourrait plutôt considérer que cette province était le cœur de l’empire islamique, le croisement entre un Orient sémitique et un Occident berbère, une terre de passage et de réseaux, Fusṭāṭ jouant le rôle d’une ville-monde avant la lettre. La faille historiographique ne peut s’expliquer que par l’émiettement de la recherche, ainsi que par la dispersion et le cloisonnement des spécialités. Ce ne sont pas les spécificités « régionales » qui seraient un frein à une histoire connectée de la Méditerranée post-antique. La principale conclusion à tirer de la somme magistrale d’Yves Modéran (Les Maures et l’Afrique romaine, IVe-VIIe siècle, 2003) est sans doute la nécessité de déconstruire des frontières classiques imposées par la chronologie officielle, par les champs disciplinaires et par les représentations conscientes ou non de l’organisation des territoires qu’induit la structuration des États-nations. Une histoire de transmission de cultures antiques, de véhicules linguistiques, de savoir-faire méditerranéens implique l’étude des réseaux créés par ce nouveau monde qu’est l’Islam, réseaux non seulement économiques et politiques, mais aussi sociaux et intellectuels.

Programme

Mercredi 5 septembre

  • 9h-9h10 : Accueil des participants, ouverture par Hayet Amamou
  • 9h10-9h30 : Introduction générale : Sobhi Bouderbala & Sylvie Denoix

- Panel 1 : Épistémologie et méthode

  • 9h 30 - 10h : Pauline Koetschet, Médecine, philosophie, mathématiques : histoire d’un changement d’approche
  • 10h -10h30 : Arietta Papaconstantinou, Échanges et réciprocité : la dette comme exemple
  • 10h30 - 11h : Éric Vallet, L’Arabie : déclin ou mutation du monde antique ?

- Panel 2 : Transmission vs innovation au prisme de la culture matérielle

  • 11h30 - 12h : Julie Marchand, Objet byzantin versus contexte médiéval ? Une nouvelle approche de la culture matérielle et de l’archéologie en Égypte et en Méditerranée orientale
  • 12h - 12h 30 : Chokri Touhri, Les cités en Afrique du nord entre héritage antique et processus d’islamisation
  • 12h30 - 13h : Sylvie Denoix, Villes héritées, villes fondées. Héritage et création urbain.e.s.

15h-17h : Ateliers

Atelier 1. Transmission : savoirs et modèles culturels
(Pauline Koetschet, Mohamed Ben Abbès, Sobhi Bouderbala, Hanene Ben Slimane, Julie Marchand, Chokri Touhri)

Atelier 2. Réseaux : sociétés et pouvoirs politiques
(Sylvie Denoix, Hayet Amamou Bastien Dumont, Éric Vallet, Vivien Prigent, Arietta Papaconstantinou)

jeudi 6 septembre

- Panel 3 : Signes et exercice du pouvoir

  • 9h30 - 10h : Hanen Ben Slimane, La fiscalité de l’Afrique byzantine
  • 10h - 10h30 : Mohamed Ben Abbès, Un nouveau pouvoir en Afrique du Nord : la conquête islamique
  • 10h30 - 11h : Vivien Prigent, Le développement du premier système monétaire musulman

- Panel 4 : Un nouveau monde social

  • 11h30 -12h : Hayet Amamou, Autour de Muḥammad : processus de la formation de la Umma
  • 12h -12h30 : Bastien Dumont, Les sociétés locales dans l’étude de la construction de l’Empire islamique au Moyen-Orient
  • 12h30 - 13h : Sobhi Bouderbala, Administrer les conquis aux premiers temps de l’Islam
  • 15 h-17 h : Débat et conclusions générales