Le "Camel Site"

Localisation
Province du Jawf (Arabie saoudite)

Directeurs
Guillaume CHARLOUX (CNRS, UMR8167 Orient et Méditerranée)
Maria GUAGNIN (Max Planck Institute, Freïe universität)
Abdullah AlSharekh (King Saud University)

Le Camel Site (DAJ 155) se démarque des autres sites rupestres d’Arabie, autant par la qualité que par la singularité des représentations sculptées en bas et en haut-relief. Localisé 8 km au nord-est de Sakaka et 4,5 km du village de al-Laqâyit, près du Jibâl al-Qûwayim dans la province du Jawf (Arabie septentrionale), le site se compose de trois éperons rocheux espacés de quelques dizaines de mètres. L’éperon central a pour particularité d’avoir un relief très marqué pouvant évoquer la silhouette d’un dromadaire. Bien que subjective, cette observation pourrait indiquer qu’il s’agit d’un point aisément repérable dans le paysage, notamment de par sa position à l’extrémité méridionale d’une chaîne de petits massifs rocheux, répartis sur environ 6 km de distance. Les alentours des éperons sont relativement plats à une altitude moyenne de 570 m, sans rochers au sol et donc favorables au déplacement des hommes et des animaux. La position topographique et géologique du site entre des massifs montagneux et de vastes étendues de sable détermine des axes de circulation sud-nord reliant Sakâkâ à Zallum et sud-ouest nord-est entre la région de Sakâkâ à Suwayr ou Hudayb. Ces axes se prolongent en ligne droite vers la Mésopotamie par de longs wâdîs, notamment le wâdî Badana, via la ville d’‘Ar‘ar.

Le site nous a été signalé en 2016 par Husayn al-Khalifa, alors directeur du tourisme et des antiquités de la région du Jawf, qui le connaissait depuis trois ans. Plusieurs visites successives par les membres de la mission en 2016 et 2017 ont permis d’obtenir un premier aperçu de sa richesse.

Positionnées à l’origine en hauteur sur les parois du site, les figures animales du Camel site (12 panneaux et reliefs) illustrent exclusivement des mammifères, soit des camélidés (très vraisemblablement des dromadaires : 11 fragments pour 10 individus au minimum), soit des équidés (2, peut-être 3 individus). Dans un cas (n°5), l’identification est plus incertaine (personnage humain ?). Les dimensions des parties anatomiques (environ 1,10 m pour les jambes des dromadaires adultes) correspondent à des animaux en taille réelle, adultes (mâle et femelle probablement), mais aussi juvéniles. Les scènes reflètent un choix de thèmes variés : rencontre entre espèces (éperon n°A, n°2), scène de pâturage (éperon n°A, n°3) et défilé de dromadaires (éperons n°B et C, n°10, 12). Bien que l’on soupçonne la présence de cordes - tracés rectilignes - à deux reprises (n°2 et 7), les animaux semblent surtout figurés en position active dans un environnement naturel, où l’homme joue une place secondaire.

Si l’examen préliminaire a révélé le talent artistique indéniable des sculpteurs, la datation et la raison d’être du site, très isolé, demeurent plus difficiles à cerner. La datation des tournants de l’ère chrétienne précédemment proposée, fondée sur des arguments stylistiques, doit être considérée avec prudence. Rien ne permet en effet d’infirmer l’existence d’une longue tradition artistique propre à l’Arabie du Nord, par le seul manque d’éléments de comparaison et l’absence de prospections systématiques. Les reliefs à l’étude pourraient également remonter à l’occupation post-nabatéenne voire à des périodes antérieures, pourquoi pas la Préhistoire. Les recherches futures permettront, nous l’espérons, d’en savoir davantage.

Sans ressource naturelle, le Camel site se distingue radicalement des autres sites rupestres identifiés en Arabie et dans la région du Jawf, où figures schématiques et graffites se superposent en quantité sur plusieurs millénaires. L’absence de témoins anthropiques – inscription et mobilier archéologique -, complète cette vision atypique, à l’exception de cupules creusées sur le flanc des animaux et de silex taillés. À ce stade de la recherche, il est tentant de suggérer que les images de dromadaires sur ce site faisaient l’objet d’une forme de vénération. Le Camel site s’apparente de fait à un lieu de passage emblématique, aisément repérable sur le terrain, signalant un chemin à prendre ou le début d’une longue traversée désertique.

Concernant le plan de la conservation des reliefs, le grès a tendance à se détériorer rapidement sous l’effet de l’érosion naturelle, à la fois en surface par des effets d’abrasion, d’alvéolisation, de piqûres et de creusements mais aussi par des fissures horizontales et verticales (stratification naturelle) plus étendues pouvant aboutir au délitage et au détachement de blocs ou de vastes pans de façades.

Ce double constat a conduit au montage d’un nouveau programme d’étude et de préservation du site à partir de fin 2018. Les travaux d’expertise porteront sur la restauration et la conservation préventive des œuvres, les possibilités de déplacement des blocs, les modalités de mise en valeur du site, et comprendront aussi un pan d’étude approfondie des sculptures et de leur contexte archéologique, des techniques de taille, la réalisation de prélèvements OSL, des datations par thermoluminescence et radiocarbone, etc.

L’expertise initiale sera effectuée sur le terrain par des chercheurs et des techniciens de disciplines et d’institutions variées :

  • Spécialiste d’art rupestre (M. Guagnin, Max Planck Inst., Berlin, codir.),
  • Archéologue (G. Charloux, UMR8167/CNRS, codir.),
  • Paléoenvironnementaliste (P. Breeze, UCL, en cours de discussion),
  • Lithicien/préhistorien (R. Crassard, Cefas/CNRS),
  • Équipe de chimistes pour l’étude des patines (M. Andreae et son équipe, Max Planck Inst., Mayence),
  • Tailleur de pierre (F. Burgos, UMR8167 Orient et Méditerranée),
  • Restauratrice (F. Dubois, indépendant),
  • Ingénieurs 3D (P. Mora et l’équipe Archéovision/CNRS),
  • Spécialiste valorisation et protection du patrimoine (P. Flohr, EAMENA, univ. D’Oxford)

La mission archéologique créée en 2018 bénéficie de nombreux soutiens institutionnels et privés, notamment :

  • La Saudi Commission for Tourism and National Heritage (SCTH), Saudi Ministry of Culture, Riyadh,
  • Le département des antiquités de la province du Jawf (SCTH),
  • le CNRS (UMR8167, Orient et Méditerranée),
  • l’ERC Palaeodeserts du Max Planck Institute,
  • le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (Commission consultative des fouilles, Mission Oasis de l’Arabie déserte, dir. G. Charloux),
  • le LabEx RESMED,
  • l’ambassade de France à Riyadh,
  • la fondation Herda Genkel.

- Articles

CHARLOUX G., Guagnin M. & Norris J., 2020, « Large-sized camel depictions in western Arabia : A characterisation across time and space », Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 50, p. 85-108.

CHARLOUX G., 2020 (accepté 2017), « Rhythms and patterns of settlement in an oasis in northwestern Arabia. Main results of the French contingent of the Saudi-Italian-French Archaeological Project in Dûmat al-Jandal (2010-2017) », 1st Saudi Archaeology Convention.

CHARLOUX G., 2020 (accepté, sous presse), « Camels in the rock. The mysterious reliefs of the Camel site in northern Saudi Arabia », in D. Alexander (ed.), The Camel in Arabia. Riyadh.

CHARLOUX G. & Guagnin M. Sous presse, « Large naturalistic engravings of camels : an unknown rock art tradition in northern Arabia, in M. Luciani (ed.), The archaeology of the Arabian Peninsula 3 : Mobility in Arabia. Proceedings of the International Workshop held in Munich on April 6, 2018, OREA, Vienna.

CHARLOUX G., Guagnin M., Alsharekh A.M., 2019, « Il "Camel Site". Rilievi rupestri di cammelli a grandezza naturale nel deserto Arabo », in Alessandra Capodiferro ; Sara Colantonio. Roads of Arabia. Tesori archeologici dell’Arabia Saudita, Electa, p. 63-73 (Ita.) ⟨hal-02500422⟩

CHARLOUX G., Guagnin M., Alsharekh A.M., 2019, « The Camel Site. Rock reliefs of life-sized camels and equids in the Arabian desert », in Alessandra Capodiferro ; Sara Colantonio. Roads of Arabia (Rome), Electa, p. 63-73 (Ang.) ⟨hal-02500392⟩

CHARLOUX G., 2018, « Rythmes et modalités du peuplement d’une oasis du nord-ouest de l’Arabie. Sept campagnes (2010-2017) sur le site de Dûmat al-Jandal », CRAIBL 2018 (I), p. 11-46.

Charloux G., al-Khalifa H., al-Malki T., Mensan R. & Schwerdtner R., 2018, « The Art of Rock Relief in Ancient Arabia. New Evidence from the Jawf Province », Antiquity 92/361, 2018, p. 165-182 ; DOI 10.15184/aqy2017.221

- Presse

- https://www.nytimes.com/2018/02/15/science/camels-sculptures-desert-saudi-arabia.html
- https://www.franceinter.fr/histoire/des-sculptures-novatrices-de-dromadaires-decouvertes-en-arabie-saoudite
- http://www.nationalgeographic.com.es/historia/actualidad/descubren-grandes-relieves-dromedarios-unas-rocas-arabia-saudi_12385/6
- https://www.haaretz.com/archaeology/MAGAZINE-2-000-year-old-life-size-camel-art-found-in-heart-of-saudi-arabian-des-1.5812024
- https://www.lejournaldesarts.fr/patrimoine/premieres-recherches-sur-les-mysterieuses-sculptures-rupestres-en-arabie-saoudite-136159
- http://www.lapresse.ca/sciences/decouvertes/201802/27/01-5155419-mysteres-et-sculptures-de-chameaux-dans-le-desert-saoudien.php
- http://www.asianage.com/world/middle-east/280218/rock-art-and-mystery-ancient-camel-sculptures-in-saudi-desert.html
- http://premium.lefigaro.fr/culture/2018/03/01/03004-20180301ARTFIG00009-arabie-saoudite-le-mystere-des-chameaux-sculptes-il-y-a-plus-de-2000-ans-reste-entier.php
- http://gulfnews.com/news/gulf/saudi-arabia/2-000-year-old-sculpture-found-in-saudi-desert-1.2181812
- http://www.elmundo.es/ciencia-y-salud/ciencia/2018/02/20/5a8b013d268e3ebd738b47fb.html
- http://www.descopera.ro/istorie/16987790-descoperire-fara-precedent-in-desertul-din-arabia-saudita
- http://www.infogyor.hu/hirek/olvas/permalink:eletnagysagu-teveszobrok-a-sivatag-kozepen-2018-02-15-154128
- https://www.laregione.ch/culture/arte/1241359/carovana-di-cammelli-scolpita-nella-roccia-in-arabia-saudita
- https://www.sciencedaily.com/releases/2018/02/180213084405.htm

Copyright photos : CNRS/MADAJ, G. Charloux, R. Schwerdtner