Décès de Pierre Maraval


Hommage à Pierre MARAVAL

Pierre Maraval nous a quittés le vendredi 5 mars. Il était né le 31 août 1936, à Roquecourbe, dans le Tarn. Agrégé de Lettres classiques en 1974, docteur d’État en 1983, il enseigne à l’université de Strasbourg de 1971 à 1998 ; il y dirige, de 1987 à 1995, le Centre d’analyse et de documentation patristiques (CADP), où s’élabore l’indispensable instrument de travail qu’est Biblia patristica. De 1998 à 2004, il est professeur d’Histoire des religions à Paris-Sorbonne.
L’œuvre de Pierre Maraval est des plus impressionnantes. Dans la fameuse collection bilingue « Sources chrétiennes », il est l’éditeur et le traducteur de dix numéros : le Journal de voyage d’Égérie, les quatre tomes de l’Histoire ecclésiastique de Socrate de Constantinople, et cinq volumes de son auteur favori, Grégoire de Nysse. Dans la collection « Sagesses chrétiennes », qui publie des traductions seules, on lui doit les Louanges de Constantin par Eusèbe de Césarée, un texte fondamental pour l’histoire de la théologie politique, et deux recueils inestimables : Récits des premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient (1996) et Actes et Passions des martyrs chrétiens (2010). Helléniste passionné, Pierre Maraval aimait, selon sa propre expression, se faire « le passeur » de grands textes antiques. Il y réussissait à merveille.
L’œuvre de l’historien est aussi riche que celle de l’helléniste. La version publiée de sa thèse d’État, Lieux saints et pèlerinages d’Orient, a connu trois éditions (1985, 2004 et 2011). Son éméritat lui a permis de nous donner quatre très belles biographies : Théodose le Grand (2009), Constantin (2011), Les fils des Constantin (2013) et Justinien (2016). J’avoue ici mon admiration toute particulière pour son Constantin, un livre qui, à propos d’un empereur tantôt admiré à l’excès tantôt injustement honni, vaut comme un modèle d’érudition, d’acribie, de sens des nuances et d’honnêteté intellectuelle.
Travailleur infatigable et joyeux, Pierre Maraval ne recherchait ni le pouvoir ni les honneurs. Il aimait le grec, les Pères, le monde antique, la vérité historique. Il parlait de ses passions avec chaleur et de lui-même avec humour. Au fil des décennies de son labeur si fécond, il gardait parfaitement intactes sa souriante modestie et sa gaieté méridionale. Ses nombreux livres n’ont vraiment pas fini d’aider les spécialistes aussi bien que le public curieux : tous sont à la fois limpides et solides.
Jean-Marie SALAMITO