2007

Job ses précurseurs et ses épigones

Maria GOREA

orient & mediterranee

- Maria GOREA, Job, ses précurseurs et ses épigones ou comment faire du nouveau avec de l’ancien
Orient et Méditerranée n°1
Paris : De Boccard, 2007, 169 p.

Dans le poème biblique de Job, on reconnaît aisément, par transparence, les œuvres plus anciennes d’une littérature mésopotamienne centrée sur le motif du juste souffrant. Mais si le poème hébreu partage avec ses précurseurs le thème et une expression poignante, il les surpasse par sa réflexion philosophique. Composé dans l’oralité, le poème de Job présente les caractères d’une œuvre destinée à des auditeurs et non à des lecteurs. Si le Job hébreu n’a pas trahi ses prédécesseurs mésopotamiens, il aura été le dernier avant l’émergence des épigones. Transmis sous une forme intangible, le poème de Job est devenu texte. Aussi a-t-il subi une forte déperdition énonciative. C’est encore plus vrai de sa traduction grecque (vers le IIe siècle avant notre ère) qui le détourne de sa destination initiale, comme si une postérité attachée à l’écriture l’avait mal compris et l’avait appauvri. Plus tard (à la fin du Ier siècle de notre ère), il sera reformulé de fond en comble par une tradition apocryphe ambitieuse. Celle-ci inventera une figure tout à l’opposé du Job biblique : du révolté à la langue acérée, on créera un anti-Job, soumis inconditionnellement à une justice divine jadis contestée. L’auteur de l’apocryphe, pénétré d’un judaïsme différent de la religiosité qui a marqué l’œuvre hébraïque, ajoutera à la piété juive l’héritage stoïcien et remaniera en profondeur les traits du personnage, en étouffant en lui toute trace de contestation : il deviendra un sage stoïcien. Dans une enquête minutieuse, Maria Gorea met en lumière dans le poème hébreu les réminiscences mésopotamiennes et pose la question des raisons qui ont conduit l’auteur de l’œuvre apocryphe à réinterpréter la figure du souffrant.